C'est l'été... et pour beaucoup, le début des tant attendues vacances ! Oui mais... parfois, débrancher est source d'angoisse. C'est grave docteur ?

Les vacances... loin d'un temps de repos, c'est souvent au contraire un moment d'intense activité !
Les vacances... loin d'un temps de repos, c'est souvent au contraire un moment d'intense activité ! © Getty / Peter Cade

Le mot "vacances" vient, étymologiquement, du latin vacare et renvoie à l'idée de "vide". Jean-Didier Urbain, sociologue et ethnologue spécialiste des vacances, explique au micro d'Ali Rebeihi sur France Inter que c'est un temps vide qui n'est rempli ni par la religion, ni par le travail, ni par les obligations sociales : c'est un "temps à part".

Le sociologue estime qu'aujourd'hui, les vacances sont avant tout le temps d'une thérapie du lien, un temps libre pendant lequel chacun va pouvoir retisser les liens fragilisés voire rompus durant le reste de l'année... Le challenge restant de réussir à débrancher, dans notre société hyperconnectée.

Il souligne avec malice :

Tout le problème de l'invention des vacances a été : qu'est-ce qu'on va mettre dedans ?

Partir en vacances pour mieux se retrouver

Pour certains, partir en vacances c'est partir en vacances des autres parce que pendant l'année ils sont hyper contraints. Pour d'autres, ce sera partir en vacances de soi et se réinventer... Il n'est pas nécessaire de partir au bout du monde pour ça, mais parfois, ça aide. C'est le cas du grand voyageur Nicolas Bouvier, qui écrivait dans son Usage du monde :

La vertu d'un voyage, c'est de purger la vie avant de la garnir.

L'écrivain écrit aussi, cette fois dans Le Poisson Scorpion (1982) :

On ne voyage pas pour se garnir d'exotisme et d’anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu'on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels.

Pendant les vacances, il faut partir pour se retrouver, se débrancher pour se reconnecter... Se déshabiller de ce qui nous fait pour retrouver ce que l'on est. Jean-Didier Urbain note au passage :

"Être en vacances", c'est automatiquement "partir" dans notre société.

Il ajoute : "L'INSEE assimile les vacanciers à ceux qui partent et ceux qui ne partent pas ne seraient pas vacanciers, ce qui est faux ! Il y a des gens qui passent leurs vacances chez eux, qui font des voyages immobiles ou tout simplement qui n'ont pas envie de voyager."

Pourquoi certains n'arrivent pas à se débrancher ?

Sarah Chiche, psychanalyse, rappelle que le terme "débrancher" évoque un imaginaire sombre : "on « débranche » ceux qui sont en fin de vie, dans le coma".

Il y a des personnes qui ont besoin d'être sans arrêt en mouvement. Dès qu'ils n'avancent plus dans le travail, ils vont tomber dans des angoisses abyssales.

Pour une part, c'est lié à un héritage culturel : jusqu'à la Révolution, l'otium (le droit de ne rien faire) était un privilège de la Noblesse. Notre société s'est construite sur le neg - otium : le négoce. "La société marchande s'est construite sur la négation de l'otium" explique Jean-Didier Urbain. Pour lui, cela explique pourquoi "Quelque part, nous sommes toujours redevables lorsque nous sommes oisifs".

Mise en scène du lâcher-prise

Les réseaux sociaux sont le lieu d'une mise en scène de la performance pendant l'année... et les vacances n'y coupent pas. Elles deviennent le lieu de la mise en scène du lâcher-prise.

Sophie Chiche, psychanalyste :

Il est mal vu de ne rien faire ; il faut absolument vivre des vacances productives, rentables.

On reproduit avec les réseaux sociaux les rapports échangés autour de la machine à café : il faut avoir des choses à raconter... si on a rien à poster sur notre compte Facebook ou Instagram, c'est peut être qu'on a raté nos vacances.

Que vous partiez ou que vous restiez, France Inter accompagne vos vacances en direct ou en podcast : découvrez notre grille d'été !

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