Selon les chercheurs qui ont fait la récente découverte d’un nouveau virus géant, ce n’est plus de la science fiction. Des virus qui seraient pris dans les glaces du pergélisol en Sibérie pourraient refaire surface, être de nouveau actifs, et pourquoi pas, infecter l’homme.

Pergélisol dans l'Arctique Nord
Pergélisol dans l'Arctique Nord © / http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Permafrost_in_High_Arctic_2.jpg

C’est une des conclusions de l’équipe de l’Université d’Aix-Marseille, menée par Jean-Michel Claverie et Chantal Abergel, qui vient de publier une étude sur la découverte d’un nouveau virus géant, baptisé Pithovirus sibericum . Enfoui dans le pergélisol sibérien et resté intact pendant 30 000 ans , il a pu être réactivé en laboratoire. Les chercheurs ont réussi à infecter une amibe (un être vivant unicellulaire), et se sont rapidement assuré que ce virus n’était pas infectieux pour l’homme.

Ils précisent ainsi dans leur article que « La renaissance d'un tel virus ancestral infectant une amibe […], suggère que le dégel du pergélisol, à cause du réchauffement de la planète ou de l'exploitation industrielle […], pourrait ne pas être exempts de menaces futures pour la santé humaine ou la santé animale ».

Les chercheurs précisent au Figaro que « En creusant pour trouver du pétrole ou du gaz, des hommes pourront bien involontairement entrer en contact avec des microbes. Même s'ils ne sont que quelques-uns dans une zone désertique, ils pourront être contaminés et surtout devenir des vecteurs » .

Edward Mocarski, professeur de microbiologie de l’Université Emory, interrogé par le National Geographic, se montre sceptique face à cette hypothèse . Selon lui, le risque qu’un virus pathogène pour l’homme émerge des glaces est très mince. « L’hypothèse ferait un bon film mais est très peu probable, à moins que le virus ne provienne d’un être humain congelé qui éventuellement serait mort d’un virus qui ne circule pas actuellement » .

Il évoque par ailleurs le fait qu’une très faible proportion de virus sur Terre peut infecter les mammifères et qu’une proportion encore plus faible peut poser un quelconque risque pour l’homme.

Les chercheurs s’emploient maintenant à analyser le contenu en ADN du pergélisol, pour mettre en évidence d’éventuelles traces de virus semblables à des pathogènes humains.

Le pergélisol reste un sujet d’intérêt pour les scientifiques, plusieurs preuves du risque de dégel pour les mammifères ayant été mises en évidence. Il a ainsi été montré que dans le grand nord où paissent des rennes domestiques, les étés particulièrement chauds provoquent une fonte des glaces, conduisant à l’émergence de la bactérie Bacillus anthracis , responsable de la maladie du charbon, et qui infecte les troupeaux.

En 2012, une équipe de l’Université de Colombie Britannique avait découvert une nouvelle souche du protozoaire Sarcocystis , préalablement séquestré dans les glaces, et responsable de la mort d’environ 400 phoques gris dans l’Atlantique nord.

Pour aller plus loin : Les grosses têtes au carré, vendredi 7 mars 2014 : Jean-Michel Claverie, Virologiste, revient sur la découverte du virus Pithovirus sibericum.

Antoine Bonvoisin pour La tête au carré.

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