Le photographe Guillaume Poli, de l’agence CIRIC, a réalisé un portrait de Lassina, l’un des habitants de l’immeuble à Saint-Denis où se cachaient les terroristes des attentats de Paris. Depuis l’assaut du RAID du 18 novembre, l’immeuble est sous scellé.

Lassina, ancien habitant de l'immeuble à Saint-Denis, où s'est déroulé l'assaut contre les terroristes des attentats de Paris.
Lassina, ancien habitant de l'immeuble à Saint-Denis, où s'est déroulé l'assaut contre les terroristes des attentats de Paris. © Guillaume POLI/CIRIC

Lassina est originaire de Ouagadougou, au Burkina Faso. Il arrive en France en 2010, pour raisons politiques et économiques. Quelques mois plus tard, une amie lui propose de s’installer dans un appartement rue du Corbillon, à Saint-Denis. Le même immeuble où les terroristes de l’attentat du 13 novembre dernier se cachaient, hébergés par un marchand de sommeil, jusqu’à l’assaut des forces du RAID du 18 novembre.

Lassina a raconté au photographe Guillaume Poli le récit de cette nuit qui a bouleversé son destin :

Aux alentours de 4h du matin, une grosse détonation le sort du sommeil. Effrayé, il pense à l’explosion d’une bouteille de gaz et a peur que l’immeuble prenne feu. Il habite au dernier étage de l’immeuble mais il est le premier à en sortir et se retrouve alors nez à nez avec les forces du RAID qui l'exfiltrent de l’immeuble. Ce n’est qu’après, quand il trouve refuge chez un voisin du quartier, qu’il se rend compte de ce qui se passe.

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Guillaume Poli a rencontré Lassina lors d’une réunion organisée par la mairie de Saint-Denis, avec les autres délogés de la rue du Corbillon. « La mairie a réaffirmé son soutien aux délogés, et ces derniers ont exprimé leur exaspération et leur inquiétude », se souvient le photographe. Il continue :

Le témoignage de Lassina était très sobre, malgré le traumatisme. Il a raconté ses difficultés à dormir, ses angoisses liées à l’assaut et à l'absence de solutions pérennes de relogement.

Dans la chambre d’hôtel où la mairie de Saint-Denis l’a relogé temporairement, Lassina a peu d’appétit et reste pensif. Il regarde dehors : « J’ai eu l’impression que son esprit était à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la pièce. J’ai alors eu l’idée de le prendre devant cette fenêtre fermée, avec le reflet de sa silhouette. Pour moi, cette image symbolise toute l’incertitude dans laquelle est plongé Lassina », conclut Guillaume Poli.

Lassina se confie au micro du photographe :

Je suis assis sur un point d’interrogation. Je ne sais pas où aller, ce que je vais faire, ce que je vais devenir.

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