L'auteur de bandes dessinées avait une relation particulière avec le lexicologue mort à l'âge de 92 ans, ce mercredi. C'est lui qui avait dessiné le créateur du Petit Robert sur la couverture de sa version 2020. Il l'admirait pour son savoir et sa modestie.

Alain Rey était en couverture du Petit Robert 2020, dessiné par Riad Sattouf.
Alain Rey était en couverture du Petit Robert 2020, dessiné par Riad Sattouf. © Maxppp / Matthieu de Martignac

En 2019, Riad Sattouf a réalisé la couverture du Petit Robert 2020 en dessinant le célèbre lexicologue. L'auteur dessinateur de L'arabe du futur et Les cahiers d'Esther avait depuis toujours une grande admiration pour Alain Rey. Et quand il l'a rencontré, il a découvert un personnage drôle et modeste.

FRANCE INTER : Alain Rey avait bercé vos nuits d'étudiant ?

RIAD SATTOUF : "Alain Rey était un personnage un peu mythique de mon univers. On a tous grandi avec Le mot de la fin sur France Inter. C'était un moment important de mon existence. J'essayais de trouver un éditeur, je n'arrivais pas à gagner ma vie avec mes dessins et je faisais des nuits blanches pour travailler sur mes projets. Je me couchais juste après Le mot de la fin qui était à la fin de la matinale, parce que j'étais complètement déphasé. Et c'était un personnage dont l'intelligence, l'érudition et la joie de vivre étaient incroyablement communicatives." 

Quelques années plus tard vous le rencontrez et travaillez même avec lui...

"C'était quelqu'un de très très drôle, très modeste. Par contre quand on le regardait dans les yeux, c'est quelque chose qui m'avait très fortement marqué, il avait un regard d'une profondeur incroyable et qui semblait être le miroir de la profondeur de son savoir. Il y avait quelque chose de vertigineux dans son regard. Alors est-ce que c'était le temps ? L'âge ? Le savoir ? Je ne sais pas mais c'était un personnage très impressionnant qui essayait justement de ne pas paraître intimidant. Alors il avait ses lunettes un peu fantasques, sa moustache, on sentait qu'il n'avait pas envie d'être considéré comme un immense savant imposant, mais pourtant le souvenir que je garde de lui c'est de quelqu'un d'incroyablement brillant."

Comment en êtes-vous venu à le dessiner pour Le petit Robert ?

"Alain Rey aimait mes BD et c'est lui qui a proposé que je fasse la couverture. Je trouvais que la meilleure façon de faire était de le dessiner justement lui parce que c'était son bébé et le maître d'œuvre de cet ouvrage qui nous a tous, en tant qu'élève et étudiant, suivi toute notre scolarité. Donc pour moi c'était un immense honneur, extrêmement stressant, de réussir de faire un dessin qui ne soit pas trop comique, trop caricatural, donc j'étais parti d'une photo réalisée par les éditions du Robert."

Pour vous Alain Rey était quelqu'un d'unique ?

"Des personnages comme Alain Rey, on en rencontre très très peu dans sa vie. Je n'ai pas le souvenir d'avoir croisé la route de quelqu'un comme ça. C'était quelqu'un qui me semblait avoir quelque chose de très antique. Il détesterait, je pense, si je disais un truc comme ça ! C'est-à-dire "antique" dans le sens d'une sorte de savoir encyclopédique qui vous emmène tout de suite partout et nulle part et ailleurs. En un instant, il était capable de raconter une histoire sur chaque élément de description du monde extérieur. J'avais déjeuné avec lui un jour et je lui avais posé une question sur un mot et immédiatement il avait eu des tonnes d'histoires à raconter sur le mot, il avait tout de suite la connexion sur le mot. C'était un esprit complètement unique."

"Il était comme une incarnation vivante de la langue française. Les Japonais disent 'trésor national vivant'" 

"C'est un terme que je trouve génial parce que cela s'adaptait parfaitement à Alain Rey. La langue française avait pris forme humaine et on pouvait lui demander ce que l'on voulait sur tous les sujets. C'était quelque chose d'assez extraordinaire."

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