Nous l'entendons une, deux, trois fois ou plus par jour. Mais qui se cache derrière ce message d'alerte, diffusé à la radio et à la télé depuis le début du confinement ?

L'enjeu des messages d'alerte ou de prévention ? Surtout que la population prenne sérieusement conscience du danger.
L'enjeu des messages d'alerte ou de prévention ? Surtout que la population prenne sérieusement conscience du danger. © Maxppp / PhotoPQR / Laurent Martinat

"Alerte coronavirus." Tout commence par un jingle strident suivis de ces deux mots, prononcés d'un ton grave. S'en suivent des recommandations. Ou plutôt des consignes, énoncées sur un ton proche de la remontrance. À la radio, à la télé, dans les transports et même parfois au supermarché, nous entendons quotidiennement ce message d'alerte du gouvernement. 

Sur France Inter par exemple, deux messages différents sont diffusés en alternance, six fois par jour au total, aux carrefours d'audience du matin, du midi et du soir. Mais quelles sont les coulisses de ce spot ? Qui en rédige le texte et comment faire pour qu'on continue d'y prêter attention, plus d'un mois après le début du confinement ? 

"Non négociable"

C'est grâce au podcast "C'est quoi ta fréquence ?" que nous avons d'abord découvert Olivier. Olivier Peigné, comédien. C'est lui la voix, derrière la trentaine de secondes de l'alerte. "Il fallait presque engueuler les Français, c'était la consigne... Mais j'ai répondu qu'on allait détester le message", raconte-t-il à la journaliste Valentine Joubin. 

Olivier, dont la voix se cache aussi dans des fictions de France Culture et France Inter, dans d'anciennes saisons de Top Chef, des spots pour la sécurité routière ou des pubs pour des téléphones et des parfums, a du moduler, jouer avec le ton. "Là, j'ai essayé de ne pas faire une voix trop robotique, trop flic, trop ferme", poursuit-il, expliquant qu'il a tout de même enregistré les phrases sur un ton ferme, "non négociable".  

Faire passer le message... 

Depuis la fin du mois de février, quatre messages différents ont été diffusés, notamment sur les antennes de Radio France : un pour l'application des gestes barrière, un autre pour encadrer le déroulement des élections municipales. Mais dès le début du confinement, c'est donc ce message de 30 secondes qui décrit les symptômes de la maladie que vous avez le plus entendu.  

"Alerte coronavirus : si vous avez de la toux ou de la fièvre, vous êtes peut-être malade"

Dans l'écriture des textes, pas d'improvisation : "Il y a tout un travail invisible sur la littérature scientifique, qui nous permet de construire ces messages avant de transmettre les éléments à notre agence de communication", précise Sylvie Quelet, directrice de la prévention et de la promotion de la Santé à Santé publique France,  l'organisme qui est derrière chacun des messages, en lien avec le ministère de la Santé.

Et la voix, alors, pourquoi cette gravité ? "On a eu des alertes de réanimateurs qui nous disaient que les gens venaient trop tard, quand ils ne pouvaient déjà plus respirer. L’idée était de dire aux Français 'N’attendez pas d’être mourants, appelez'". 

Il est là, l'enjeu : ne pas effrayer mais alerter et, surtout, que la population prenne sérieusement conscience du danger. Un homme, forcément, pour gronder ? "Notre agence nous a conseillé une voix d’homme pour quelque chose d’injonctif. Je suis médecin, pas créative et je pense qu’on aurait pu mettre une voix de femme autoritaire. Mais c’était aussi pour marquer une rupture avec les messages précédents, enregistrés par des femmes", détaille Sylvie Quelet.  

"Chaque phrase est très détachée des autres, pour marquer la différence avec le reste de l'antenne", constate aussi, à l'écoute, Antoine Blin, délégué à l'antenne de France Inter. Au milieu du bruit de la radio, il faut en effet que ce message au caractère bien particulier ressorte. 

... mais éviter la perte d'adhésion

Si ces messages ont sans doute joué un rôle majeur dans le respect des gestes barrière par les Français – Santé publique France a mesuré une adhésion du public au-delà de 95 % dans les premiers jours de diffusion –, le principal risque est que la population s'en éloigne tout aussi rapidement

"J'en peux plus de m'entendre... Quelque fois je m'engueule moi-même !", s'amuse la voix, Olivier Peigné. Sauf que ce constat est pris très sérieux : "C’est exactement ce que nous disent les enquêtes qualitatives que nous avons réalisées. Les gens en ont assez et se détournent des précautions sanitaires", ajoute Sylvie Quelet. À force d'être entendue, "l'alerte coronavirus" a finit par lasser. 

Pour perturber nos habitudes auditives, ces dernières semaines, une autre version enregistrée par une voix féminine, plus longue et plus pédagogique (centrée sur les gestes barrière) a aussi été diffusée, souvent une fois sur deux. Une nuance qu'on n'a peut-être pas perçue, le message commence là par "information" et pas "alerte". 

En publicité radio, c'est la répétition qui marche, nous affirme un spécialiste. Mais l'équation n'est pourtant pas si simple : "Il faut répéter souvent et longtemps, pour que les comportements changent. Mais il ne faut pas que cette répétition soit négative... C’est un savant dosage", nuance la responsable de Santé publique France.

"Information déconfinement"

Dans les prochaines semaines, et d'autant plus avec les précisions sur le déconfinement que doit apporter le gouvernement mardi, les messages vont devoir évoluer. "Il y en aura sans doute un pour l'accompagner", prédit Antoine Blin, à France Inter. 

Le ministère de la Santé travaille en effet sur de nouveaux spots, de nouvelles voix. "Nous sommes entrain de tester quatre comédiens, femmes et hommes, pour être plus dans la durée, avec quelque chose qui accompagne, qui soutient les Français et des voix plus enjouées", conclut Sylvie Quelet.  

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