Il prend sa retraite ce dimanche, à 67 ans. Joueur, directeur sportif, entraîneur, recruteur puis bras droit du président : en 40 ans, Bernard Lacombe aura occupé toutes les fonctions, ou presque, à l'Olympique Lyonnais. Mais au-delà du football, c'est toute sa ville, Lyon, qui reste imprégnée de son aura.

Bernard Lacombe lors d'un match de l'OL en 2018
Bernard Lacombe lors d'un match de l'OL en 2018 © Maxppp / Stéphane Guiochon

Bernard Lacombe ne peut pas faire un pas dans les rues de Lyon sans être salué, interpellé, remercié. Surtout quand il se rend dans le quartier de Gerland, sa "deuxième maison", nous confie-t-il. "C’est un Lyonnais pur souche !" s'amuse Arnaud Lebrun, patron de la brasserie "Le Bureau", où Bernard Lacombe a ses habitudes. "Il vient parfois manger ou boire un café avec Fleury Di Nallo [NDLR : ancien joueur emblématique de Lyon au milieu des années 70], l’acteur Clovis Cornillac ou des joueurs d’aujourd’hui comme Sydney Govou. C’est quelqu’un de très abordable, gentil, toujours souriant, à l’écoute des gens et disponible."

"Il symbolise l’Olympique Lyonnais mais aussi la ville de Lyon"

C'est ici, tout près de la brasserie, au stade de Gerland, que tout a commencé pour Bernard Lacombe. "Je venais au stade quand j’avais 10 ans, avec mon père", raconte-t-il. "Quand je rentrais le soir après les matches, je retrouvais mes parents et mes sœurs et je leur disais : moi plus tard, je serai l’avant-centre de l’OL. Et sept ans après, j’ai eu la chance de jouer mon premier match chez les professionnels." 

Le 7 décembre 1969, le stade de Gerland découvre donc un jeune footballeur de 17 ans, ailier gauche, numéro 11 sur le dos, "une place et un numéro que je n’ai jamais aimés", rigole t-il. Arrivé en mobylette au stade, en apprenant seulement une heure avant le match qu’il débuterait la partie, Bernard Lacombe marquera, ce soir-là, le premier de ses 149 buts sous le maillot de l’OL. Le début d’une longue, très longue aventure avec le club lyonnais. Après sa carrière de joueur (1969/1978), Bernard Lacombe a été directeur sportif (1991/1996), entraîneur (1996/2000) recruteur puis bras droit du président Jean-Michel Aulas jusqu’à cette année 2019, avant de se retirer petit à petit. 

"Il incarne une culture de club qui est en train de se perdre un petit peu, qui existe dans certains grands clubs étrangers, mais pas toujours en France où il n’y a pas de mémoire vivante", explique Vincent Duluc, journaliste à l’Équipe, spécialiste du club lyonnais. "Bernard Lacombe, lui, est une mémoire vivante tout en ayant été un dirigeant essentiel pour le club. C’est quelqu’un qui symbolise l’Olympique Lyonnais et qui symbolise aussi la ville de Lyon."

Son portrait sur la "fresque des Lyonnais", au côté de Paul Bocuse et de l'Abbé Pierre

Mais au-delà de sa notoriété auprès des fans de football, Bernard Lacombe s'est forgé, au cours de ces nombreuses années, une véritable image d'ambassadeur de Lyon. Il est devenu un personnage local, "apprécié, parce que c’est quelqu’un qui est resté toujours très humble, très simple malgré sa notoriété", abonde Arnaud Lebrun, le patron de brasserie. Derrière son comptoir, il voit tout. "Il n’envoie balader personne, il ne repousse personne et je peux vous dire qu’il y a plein de gens qui viennent le solliciter car il est très connu !"

Et les Lyonnais le lui rendent bien. Depuis 1995, Bernard Lacombe figure sur la fameuse "fresque des Lyonnais", un étonnant tableau mural de 800 m² peint sur une façade d'immeuble du premier arrondissement, sur les quais de Saône. Ici, la silhouette de l'ancien joueur est représentée au côté d'autres personnalités de la ville : Antoine de Saint-Exupéry, Jean-Marie Ampère, Frédéric Dard, Paul Bocuse, Édouard Herriot, Bertrand Tavernier, l’Abbé Pierre ou encore Bernard Pivot. 

Bernard Lacombe peint sur la fresque des Lyonnais, à droite de l'Abbé Pierre
Bernard Lacombe peint sur la fresque des Lyonnais, à droite de l'Abbé Pierre © Maxppp / Sylvestre

"Un jour, la mairie m’a convoqué et m’a expliqué ce projet", se souvient Bernard Lacombe. "Je suis allé voir ma maman et elle m’a dit : 'il faut que tu le fasses' !" Celui qui a alors 43 ans se remémore une anecdote savoureuse, le jour de l'inauguration de la fresque. "Un monsieur, qui ne m’avait pas reconnu, m’a donné son appareil photo pour que je le prenne en photo à côté du dessin qui me représentait ! Il ne s’est pas rendu compte que c’était moi tout de suite, mais seulement quand d’autres personnes sont venues derrière me demander un autographe", s'amuse-t-il. 

Bernard Lacombe est donc entré un peu plus dans l’histoire de sa ville à ce moment-là. "Il y a aussi un modèle de cette fresque à l’aéroport Saint-Exupéry de Lyon. Tous les voyageurs la voient en arrivant", indique Jean-François Gomez, journaliste au Progrès de Lyon. "Aujourd’hui, il représente le nom de Lyon, la marque de Lyon, en France mais aussi à l’étranger. C’est quelqu’un qui a une vraie image sur la ville, car il connaît énormément de gens. Quand Jean-Michel Aulas, le président de Lyon, est arrivé à l’OL, il s’est appuyé sur Bernard Lacombe. C’est un homme qui a été très important pour lui."

Arnaud Lebrun, le patron du "Bureau" et Alain Giresse, ancien international et ami de Bernard Lacombe, aux côtés de la légende lyonnaise
Arnaud Lebrun, le patron du "Bureau" et Alain Giresse, ancien international et ami de Bernard Lacombe, aux côtés de la légende lyonnaise © Radio France / Cédric Guillou

"On pense qu’il versera sa petite larme"

Proche des tous les milieux, il est cependant un exercice auquel Bernard Lacombe n’a jamais voulu s'essayer : la politique. "Et pourtant, dans le classement des personnalités préférées des Lyonnais, il paraît que je suis devant les politiques !" savoure t-il. "Le football c’est compliqué, mais la politique c’est encore pire." 

Bernard Lacombe sera fêté ce dimanche après-midi, en marge du match de championnat de Ligue 1 entre Lyon et Rennes. 50 000 spectateurs y sont attendus. De nombreuses personnalités du football, Michel Platini en tête, mais aussi Alain Giresse, Dominique Rocheteau et ses anciens coéquipiers de Lyon, Bordeaux et Saint-Étienne, où il a évolué, vont également faire le déplacement pour lui rendre hommage. "On pense qu’il versera sa petite larme, ce ne sera pas évident pour lui de refermer ce grand livre d’histoire", conclut Jean-François Gomez.

Bernard Lacombe (à droite), lors d'un entraînement à Buenos Aires en marge de la coupe du Monde 1978 en Argentine
Bernard Lacombe (à droite), lors d'un entraînement à Buenos Aires en marge de la coupe du Monde 1978 en Argentine © AFP / AFP
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