Le PDG du groupe Lubrizol est attendu ce mardi pour une audition devant la commission d'enquête du Sénat sur l'incendie de son usine de Rouen, fin septembre. Il rencontre aussi trois ministres cette semaine pour discuter des indemnisations, encore floue.

Incendie à l'usine Lubrizol à Rouen (Seine Maritime) : la place du Vieux Marché plongée dans le noir. 26 septembre 2019.
Incendie à l'usine Lubrizol à Rouen (Seine Maritime) : la place du Vieux Marché plongée dans le noir. 26 septembre 2019. © Radio France / Coralie Moreau

Eric Schnur, patron du groupe américain Lubrizol est attendu à Paris, ce mardi, pour une audition devant la commission d'enquête du Sénat sur l'incendie de son usine de Rouen, en Seine-Maritime, le 26 septembre dernier. Près d'un mois après les faits, il doit aussi rencontrer cette semaine la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn et le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, pour discuter, notamment de la question des indemnisations. 

Pour le monde agricole, frappé par des restrictions de consommations pendant plusieurs semaines, le procédé d'indemnisation est le plus abouti. Mais pour les commerçants, les résidents et les collectivités locales, c'est encore bien flou.

Une avance pour les agriculteurs, "dans les 48 heures" ?

Alors que les mesures de restrictions ont été levées pour les productions agricoles, vendredi 18 octobre, la procédure d’indemnisation des pertes se précise. Les agriculteurs sont en effet invités à remplir un dossier devant le Fonds pour indemniser les pertes subies lors d'incidents sanitaires ou environnementaux (FMSE). Ce fonds, piloté par des agriculteurs et abondé par leurs cotisations et des dons de la PAC, la politique agricole commune, sera donc chargé de verser des indemnisations une fois celles-ci calculées. 

Pour l'instant, outre l'indemnisation des producteurs de lait, qui ont dû jeter leur production, et qui ont été payés par l’inter-profession, aucun des 3 200 agriculteurs concernés n'a été indemnisé. Le ministère estime que les pertes s'élèvent à 40 à 50 millions d'euros

Le FMSE doit donc être abondé par Lubrizol. Mais à quelle hauteur ? Cela reste à définir. Le cabinet du ministre Didier Guillaume confie par ailleurs négocier depuis quelques jours "une avance" avec l'entreprise, et espère conclure cet accord "d'ici 48 heures". Lubrizol confirme que des discussions sont en cours depuis le 7 octobre.

Du côté de la région Normandie, les élus ont décidé de ne pas attendre et ont voté le déblocage d'une aide de 5 millions d'euros pour les agriculteurs

Le préjudice des commerçants en cours d'évaluation 

Dans un communiqué du 11 octobre, Lubrizol annonce aussi chercher à "définir les modalités" du soutien à d'autres "parties prenantes du territoire". Ainsi, l'entreprise s'engage à venir en "soutien au secteur économique". Le préfet de Normandie a réuni mercredi 16 octobre les professionnels du tourisme, de l'artisanat et du commerce de l'agglomération de Rouen. 

La chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Rouen a lancé un questionnaire auprès des entreprises pour tenter de chiffrer la perte de chiffres d'affaires et d'éventuelles indemnités, notamment pour les commerçants. Une centaine d'entreprises ont déjà répondu à la CCI, essentiellement des commerçants.

"On a eu du mal à se faire entendre au démarrage concernant les dispositifs d'indemnisation" regrette Fabrice Antoncic, président de l'association de commerçants "Vitrines de Rouen". Ce dispositif est donc en cours d'élaboration. Selon lui, les pertes de chiffres d'affaire pour les commerçants s'élèvent à 80% dans les premiers jours suivant l'incendie et sont encore de l'ordre de 15%. "On veut que notre marge soit remboursée à l'euro près et sur la durée, puisqu'on continue encore à perdre du chiffre d'affaires" avance Fabrice Antoncic.

Les collectivités locales envoient leurs factures

Du côté des collectivités, on a aussi sorti la calculette. D'ici vendredi 25 octobre, les mairies notamment doivent remettre au préfet leur "note de frais" comme l'appelle la maire de Mont Saint-Aignan, Catherine Flavigny (LR). L'incendie de Lubrizol a engendré des dépenses supplémentaires, qui seront à sa charge, confirme l'entreprise.

"Je fais le calcul de toutes les dépenses : les nettoyages des écoles et des aires de jeux par les services municipaux, le changement de l'eau de la piscine et du sable des aires de jeux" détaille Catherine Flavigny : "je pense qu'on devrait avoisiner 100 000 Euros, c'est une énorme dépense" au regard des 17 millions d'euros de budget de fonctionnement annuel.

Enfin, les études lancées par la préfecture, les mairies et d'autres organismes, pour détecter notamment la présence de polluants ont été nombreuses depuis le 26 septembre et seront toutes prises en charge, à terme, par Lubrizol, assure l'entreprise. Selon une source proche du dossier, leur coût s'élève déjà à "plusieurs millions d'euros".

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