Sur les neuf pays qui se "partagent" la forêt amazonienne, la Colombie, le Pérou, l’Équateur et le Brésil, se réunissent ce vendredi 6 septembre à Leticia, capitale colombienne de l'État d’Amazonas, pour sceller le "Pacte de Leticia".

Un pompier au milieu d'une zone d'Amazonie dévastée à Sorrisso, au Brésil
Un pompier au milieu d'une zone d'Amazonie dévastée à Sorrisso, au Brésil © AFP / Mayke TOSCANO / Mato Grosso State Communication Department

Officiellement, ce sommet régional d’urgence a pour but de lancer un "appel mondial" pour protéger l’Amazonie et "unifier les visions" des pays amazoniens sur les méthodes à employer pour y parvenir. C’est peut-être aussi l’occasion d’aborder la question de leur souveraineté dans cette région cruciale pour l’avenir de la planète et de confronter les deux approches politiques de la Colombie et du Brésil sur l’Amazonie.

Côté brésilien, l'écologie n'est plus une priorité

La dernière passe d’armes sur l’Amazonie avec le président français Emmanuel Macron, lors du dernier G7, a mis en lumière les ambitions de Jair Bolsonaro, pour la partie brésilienne de la plus importante forêt native du monde. Le Brésil abrite 60 % des 5,5 millions de km². Une partie de cette superficie est faite de territoires indigènes sanctuarisés par la constitution brésilienne.

Avant même son arrivée au pouvoir en octobre 2018, le futur président affirmait qu’il ne céderait pas un centimètre supplémentaire aux communautés amérindiennes, et faisait la promesse d’ouvrir ces terres à "l’exploitation minière".

Depuis son élection : 

  • Le taux de déforestation a augmenté de 67% selon les chiffres de l’Institut brésilien de recherche spatiale.
  • Le gouvernement brésilien a autorisé cette année l’utilisation de 239 nouveaux pesticides, et dépossédé de leurs pouvoirs des institutions de préservation des territoires amazoniens comme l’IBAMA (Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles) et la FUNAI (Fondation nationale de l’Indien).
  • Les déclarations du nouveau président d’extrême-droite, ouvertement favorable à la pratique de l’orpaillage, ont également provoqué une augmentation significative du nombre de mines d’or illégales.

Climato-sceptique déclaré, Jair Bolsonaro n’assistera pas à ce sommet régional, officiellement pour des raisons médicales, mais il prévoit d‘y faire une apparition par vidéo conférence. Il sera représenté par l’un de ses disciples, son ministre des affaires étrangères Ernesto Araújo.

Côté colombien, on met en avant des mécanismes de protection

À l’initiative de cette réunion avec son homologue péruvien, le président colombien Ivan Duque s’est rapidement positionné ces dernières semaines en maître d’œuvre de futurs mécanismes pour défendre la forêt. Incarnant une vision diamétralement opposée à celle de son voisin brésilien, il déclare le 25 août dernier : "Nous devons tous comprendre que la protection de notre mère Terre et de notre Amazonie, est un devoir moral." Il souhaite notamment réhabiliter l’Organisation du traité de coopération Amazonienne (OCTA)

Il y a 40 ans, les pays de la région ont justement créé l'OCTA pour coordonner leurs moyens de lutte contre la déforestation. Mais après l’implantation de son siège à Brasilia, l’organisme s’est considérablement affaibli. Selon l’ancien ministre de l’Environnement péruvien Manuel Pulgar-Vidal : "Le Brésil n’a jamais voulu coopérer, soupçonnant une volonté d’internationalisation de l’Amazonie."

Progressivement la Colombie s’est armée de certains mécanismes pour préserver la forêt :

  • Le 5 avril 2018, la Cour Suprême colombienne reconnait comme un "sujet de droit" l’Amazonie. Décision qui oblige l’État colombien à protéger, conserver, entretenir et restaurer la forêt.
  • En avril 2019, le plan "Artemis" est lancé. Il permet de déployer, sur une superficie de 4 millions de mètres carrés, toutes les capacités des forces armées et de la police nationale.
  • Mi-août 2019, le Conseil national de lutte contre la déforestation est inauguré.

Selon un rapport du World Resources Institute (WRI), la Colombie a été l’un des pays les plus touchés par la déforestation en 2018 avec le Brésil, l’Indonésie et la République démocratique du Congo.

En accueillant la réunion d’aujourd’hui, le président colombien Ivan Duque est en première ligne de la lutte contre la déforestation. Il fera valoir l’urgence de sceller un "pacte" entre pays amazoniens et de convoquer la communauté internationale pour mettre en place des méthodes, développer des technologies et des moyens pour conserver l’écosystème amazonien. Projet qui sera présenté fin septembre à l’occasion de l’Assemblée générale de l’ONU.

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