Alors que la forêt indonésienne s'embrase, Hervé le Bouler, responsable des questions forestières à France Nature Environnement, nuance la cause du fléau : le réchauffement climatique a peut-être plus d'effet qu'une volonté délibérée de remplacer les cultures plantées, comme ce fut le cas il y a quatre ans.

Après l'Amazonie, c'est la forêt indonésienne qui brûle. Mais si, au Brésil, la volonté de développer les terres arables est manifeste, les causes peuvent être différentes de Bornéo à Sumatra.
Après l'Amazonie, c'est la forêt indonésienne qui brûle. Mais si, au Brésil, la volonté de développer les terres arables est manifeste, les causes peuvent être différentes de Bornéo à Sumatra. © AFP / DEDY SUTISNA / ANADOLU AGENCY

Plus de 9 000 pompiers et soldats sont désormais mobilisés pour éteindre des incendies de forêts qui ravagent l’Indonésie, de Sumatra à Bornéo. Un fléau qui menace les populations, poussées à fuir, mais aussi les métropoles régionales, à l’instar de Singapour, où la pollution de l’air a atteint des sommets.

Mais pour Hervé le Bouler, responsable des questions forestières à France Nature Environnement, les plus récents incendies ne relèvent pas des mêmes causes que ceux qui ont ravagé ce massif tropical par le passé. Cette année, la météo est probablement un des moteurs majeurs de l’embrasement.

FRANCE INTER : À votre sens, quelle est la cause des incendies qui ravagent l’Indonésie aujourd’hui ? 

HERVÉ LE BOULER : Les forêts indonésiennes ont fait parler d’elles il y a quelques années, lorsqu’elles étaient ravagées par des méga-incendies liés à la déforestation. Les mouvements environnementaux avaient alors dénoncé ces opérations visant à installer des plantations d'huile de palme. Mais cette année, il semble bien qu’une saison sèche, particulièrement intense, soit à l’origine des incendies. Elle provoque un fort développement de feux de forêts, qu'il soient naturels ou qu'ils soient déclenchés traditionnellement par l'homme (cultures sur brûlis, ndlr).

Avec 328 000 hectares brûlés depuis le début de l’année, c'est vraiment important. Cela correspond au tiers du massif forestier landais. Donc en termes d’échelle, on ne compte pas en terrains de foot mais en départements entiers.

D’autant que ces incendies en Indonésie suivent ceux de l'Amazonie. L'accumulation doit-elle nous inquiéter ?

Constate-t-on cette année des accumulations de surface brûlées très différentes des autres années ou fait-on face à un effet de loupe lié aux médias, lié aux interactions avec la géopolitique autour du Brésil ? Au global, il me semble qu’on a cette année des augmentations de surfaces brûlées, donc des augmentations de rejets de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. Et il me semble que c'est lié à l'effet accélérateur du changement climatique.

La cause des incendies n’est donc pas la déforestation, la destruction volontaire des forêts pour y implanter d’autres formes de cultures ?

J'essaie de réagir en scientifique. Mais je pense qu'il est un peu tôt pour conclure qu'on serait dans une phase d'inversion des engagements, en particulier ceux pris à la COP21 à Paris, de réduction de la déforestation. J'ai du mal à croire que, brutalement, différents pays à travers le monde aient pu décider de laisser tomber la lutte contre la déforestation, voire de se lancer dans une augmentation de la déforestation. Je prendrais plutôt l'hypothèse que l'on est en train de passer un seuil de changement climatique où les incendies de forêt prennent des proportions plus importantes que par le passé.

Quelles sont les conséquences de ces incendies sur l'environnement, sur notre climat ? Peut-on vivre avec ?

Il est clair que les conséquences sont négatives, très négatives. Parce que les incendies rejettent dans l'atmosphère de grandes quantités de CO2, ce qui accélère le changement climatique. La biodiversité est affectée, et on déplore des impacts extrêmement forts sur la santé. On va avoir des effets de cendre et des effets de fumée à plusieurs centaines de kilomètres. Un incendie à un endroit donné va changer le climat de façon beaucoup plus vaste. Ce n'est pas pour rien que chez nous, on a interdit pratiquement tous les feux à l'extérieur – on n'a plus le droit de brûler les mauvaises herbes ou des feuilles dans le fond de son jardin.

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