INFO FRANCE INTER - Sanofi a annoncé aux syndicats que 400 postes dévolus à la recherche pharmaceutique allaient bientôt disparaître. Ce chiffre choque les syndicats par son ampleur tandis que les équipes sont - toutes branches confondues - appelées à débrayer demain mardi, sur la question des salaires.

Le site Sanofi de Val-de-Reuil
Le site Sanofi de Val-de-Reuil © AFP / Joël Saget

La suppression de postes destinés à la recherche chez les géants français de l'industrie pharmaceutique vient semer le trouble en pleine période de fabrication des vaccins contre la Covid-19. Que se passe-t-il donc à la tête de Sanofi ? 

Arrivé aux commandes en septembre 2019, Paul Hudson, le nouveau patron avait prévenu qu’il allait falloir recentrer le portefeuille, autrement dit revoir les priorités chez Sanofi. Plus d’un an plus tard, et alors que ses laboratoires sont sous le feu des projecteurs en raison de l’épidémie de coronavirus, la recherche et développement du secteur pharmaceutique s’apprête à en payer le prix. "400 postes vont y être supprimés en France", lâche en colère Thierry Bodin de la CGT. "C’est en tout cas notre directeur général lui-même qui nous l’a confirmé ces derniers jours. Et clairement, ce n’est pas acceptable". 

"C’est notre ADN qu’on dissout"

De plus de 6 000 en 2007, les effectifs de cette branche ont fondu de quasi la moitié, selon les syndicats. "Si ces 400 suppressions de postes se confirment, on passera effectivement sous la barre des 3 000" calcule Thierry Bodin, chiffres à l’appui, tandis qu’à la CFDT, la coordinatrice Florence Faure soupire : "C’est notre ADN qu’on dissout petit à petit". Et de regretter que Sanofi stoppe net des axes de recherche où son savoir faire n’est plus à prouver. Pour la CGT, "Sanofi ne cesse de perdre des compétences. Regardez ce qu’il se passe sur le vaccin, là aussi ! Ces pertes, on les paie cash".
Contactée, la direction précise qu’il n’y a là aucune surprise. Sanofi avait annoncé en juin dernier, la suppression de 1 700 postes en Europe, dont un millier en France. "Les coupes à venir s’inscrivent dans ce plan de départs volontaires" insiste une cadre du groupe se gardant toutefois de confirmer ce chiffre de 400 au nom du délit d’entrave. Mais côté syndicats, même les plus modérés, on n’est pas dupe et c’est bien l’ampleur du coup de canif dans ce pan de recherche qui choque. "On concentre tout en fonction des besoins du moment. Là, c’est le vaccin, tant pis pour le reste," se désespère une syndicaliste. 

L’été dernier, Sanofi a lancé des investissements à hauteur de 610 millions d’euros dans la région lyonnaise "pour faire de la France son pôle d’excellence mondial dans la recherche et la production de vaccins", répond effectivement une cadre proche de la direction. "Ok, très bien" , répliquent les organisations de défense des salariés, "et puis, on changera d’avis demain sur les priorités, au gré des événements. On réembauchera dans le secteur qu’aujourd’hui on sacrifie. L’Histoire est pleine de ce genre de cycles".

Le travail des équipes vanté, mais pas récompensé, selon les syndicats

Au-delà du seul cas de la pharmacologie, Florence Faure a du mal à saisir, parlant de chaque suppression de poste comme d’un crève-coeur, qui plus est dans un groupe comme le sien : "Ce n’est pas comme si on était un restaurant, un café qui devait mettre la clé sous la porte". Et son collègue de la CGT de renchérir, évoquant les crédits d’impôt recherche touchés par Sanofi et "l’État qui observe sans rien faire". Il ajoute : "En mars l’année dernière, la direction a vanté le travail des équipes, leur répétant ô combien elle était fière du travail accompli au nom de l’intérêt général, pour la santé des gens du monde entier. La réponse, au moment des négociations salariales, a été de leur dire: ‘zéro’. Alors, ça suffit". C’est pour cette raison que la CGT - aux côtés d’autres organisations toutes branches de Sanofi confondues - appelle à la grève demain, mardi.

Plein-emploi maintenu et… dividendes

La direction, elle, avance que le plein-emploi est maintenu sans chômage partiel au cœur de la crise, et rappelle la prime exceptionnelle distribuée à 15 000 collaborateurs mobilisés durant l’épidémie. "Une rallonge de 1 500 euros, versée en deux fois pour laquelle il a fallu batailler" tempèrent les syndicats, lesquels auraient préféré une pause dans le paiement des dividendes qui ne devraient pas connaître d’interruption cette année. 

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