Un panneau, inauguré à Orléans la veille du 11 novembre, rappelle l'engagement des poilus juifs pendant la Première guerre mondiale.

Le panneau installé dans la synagogue d'Orléans pour rendre hommage aux poilus juifs.
Le panneau installé dans la synagogue d'Orléans pour rendre hommage aux poilus juifs. © Radio France / Charlotte Jousserand

Le 11 novembre 1918, l'armistice était signé et mettait fin à la Première guerre mondiale. Près de 1,5 million de soldats français trouvent la mort au cours des quatre années de conflit, dont 5 000 militaires de confession juive. En tout, près de 35 000 poilus juifs ont combattu pour la France, soit 1/5 de la communauté juive française. À Orléans, un panneau inauguré dans la synagogue, la veille des commémorations du 11 novembre, rappelle cet engagement.

Les oublis de l'Histoire

Sur ce panneau, on peut lire les noms et les histoires de cinq Orléanais juifs qui sont morts sur le champs de bataille, comme l'explique la reporter de France Bleu Orléans, Charlotte Jousserand. Cependant, l'engagement des Français de confession juive est souvent remis en cause. Jacob Oliel, historien à Orléans, se souvient des histoires qu'il entendait dans le salon de coiffure de son père quand il était petit : "J'entendais les clients qui parlaient mal à mon père, ils disaient 'Vous les juifs, vous ne vous êtes pas impliqués dans les guerres, vous êtes des planqués'. Ça fait partie du cliché traditionnel".

Les gens disaient 'Vous êtes des planqués'. Ça fait partie du cliché traditionnel.

Pourtant, les Français juifs se sont engagés comme tous les autres Français. C'est pour le rappeler que ce panneau a été installé à Orléans. Celui-ci précise aussi que les poilus juifs qui ont survécu au front, ont été persécutés quelques années plus tard, au cours de la Seconde guerre mondiale.

Le traumatisme de deux guerres

Parmi les noms affichés sur le panneau, il y a notamment celui de Léon Zay, le père de Jean Zay, qui a notamment été ministre de l'Éducation de 1936 à 1939. Hélène Mouchard Zay, fille de Jean et petite-fille de Léon, raconte ce que ses aïeuls ont vécu lors de la Seconde guerre mondiale : "On a retrouvé des documents et on sait que mon grand-père, quand le gouvernement de Vichy lui a demandé de remplir la déclaration, il a indiqué et il a souligné de plusieurs traits qu'il avait eu la croix de guerre".

Une désillusion pour ces anciens combattants, pour qui il était impensable que le gouvernement de Vichy les poursuive pour les livrer aux nazis, explique Nathalie Grenon, directrice du Cercil, le centre d'étude et de recherche sur les camps d'internement du Loiret : "Ils ne pouvaient pas imaginer une seule seconde qu'ils étaient en danger. D'ailleurs on le voit bien avec les dates d'arrestations, les lettres qu'on a pu retrouver, ces poilus pensaient qu'ils étaient protégés, c'était des héros, des anciens combattants, ils ne pensaient pas que le maréchal Pétain, le vainqueur de Verdun, allait les abandonner et pourtant ça a été le cas. Ils n'ont pas été épargnés, leur passé au front ne les a jamais protégés".

Leur passé au front ne les a jamais protégés.

Le Cercil a fait une exposition de son travail de recherche sur le destin des poilus juifs lors de la Seconde guerre mondiale, intitulée "Les juifs de France et la Grande Guerre". Après avoir été montrée à Orléans jusqu'à janvier dernier, l'exposition se déplace partout en France. Elle est installée à la mairie du 20e arrondissement de Paris jusqu'au 11 novembre.

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