L'Ocean Viking a pris la mer dans la soirée de dimanche en direction des côtes libyennes, dans le but de sauver des migrants qui empruntent la voie maritime pour rejoindre l'Europe. Le bateau prend la suite de l'Aquarius contraint de cesser la navigation il y a sept mois. France Inter a pu visiter son successeur.

L'Ocean Viking
L'Ocean Viking © Radio France / Thibault Lefèvre

69 mètres de long, 15 mètres de large, sous pavillon norvégien, l'Ocean Viking est un bateau qui, pendant des années, a porté assistance aux plates-formes pétrolières en mer du Nord. Il prend la suite de l'Aquarius contraint de cesser la navigation il y a sept mois.

Reconditionné sur un chantier naval en Pologne, l'Ocean Viking a été repéré il y a quelques mois, autour de Bergen, à l'ouest de la Norvège, par deux membres de SOS Méditerranée, dont Nick, le coordinateur des opérations de recherche et de sauvetage :  "Nous étions en Norvège pour rencontrer plusieurs sociétés. Le bateau était accosté dans un fjord norvégien. C'était un peu bizarre car il était sur un quai artisanal au fond d'un jardin. Il était en lay-up, ça veut dire qu' il n'était pas utilisé, qu'il n'y avait pas d'équipage à bord."

C'est un bon bateau car il permet de mettre plusieurs canots de sauvetage à bord, de type semi-rigide. On part avec cinq zodiacs, ce qui est énorme.

"Il est plus rapide que l'Aquarius. L'Aquarius allait à 10 ou 11 nœuds maximum. Là, on peut aller à 13 ou un peu plus des fois. Il est aussi un peu plus haut, donc on peut voir plus loin. Donc pour notre équipe qui scrute l'horizon, il y a plus de chances de retrouver un bateau."

Nick, coordinateur des opérations de recherche et de sauvetage à bord de l'Ocean Viking
Nick, coordinateur des opérations de recherche et de sauvetage à bord de l'Ocean Viking © Radio France / Thibault Lefèvre

Des capacités de recherche renforcées 

L'équipage voit mieux et plus loin avec un grand pont à l'avant du bateau et une cabine de pilotage qui permet de scruter l'horizon à 360°. Le bateau est aussi équipé de radars, de caméras infrarouges et d'un système de vision nocturne, ce qui le rend plus autonome par rapport aux autorités libyennes, chargées de la coordination des recherches en Méditerranée centrale.

Sur le pont avant de l'Ocean Viking
Sur le pont avant de l'Ocean Viking © Radio France / Thibault Lefèvre

Car pour SOS Méditerranée, c'est le manque de coopération de Tripoli qui oblige les ONG à ne compter que sur elles-mêmes. Sophie Beau, directrice générale de SOS Méditerranée : "Soit les gardes-côtes libyens n'ont pas les moyens et la formation, soit ils ne souhaitent pas transmettre les informations dont ils ont connaissance aux navires d'ONG. Ils ont une interprétation tout à fait erronée du droit maritime."

Quand un pays côtier est en charge d'une zone de recherche et de sauvetage, il n'en a pas l'exclusivité, il doit coordonner les moyens de secours. C'est comme un centre du Samu, qui va dispatcher les ambulances en cas d'afflux massif de victimes, c'est pareil. Et ça ne se passe pas comme ça. 

Certains marins sauveteurs comme Jérémy, depuis près de 18 mois chez SOS Méditerranée, doutent même de l'efficacité d'un système de recherche autonome dans un contexte aussi hostile : "L'efficacité dépend de la coopération et du nombre de bateaux qui sont présents à ce moment là. Le quadrillage de la zone de sauvetage est indispensable que ce soit par des moyens aériens ou maritimes, vous êtes dans une immensité d'eau et vos moyens sont ridicules par rapport à la zone à couvrir."

Jérémy, marin sauveteur à bord de l'Ocean Viking
Jérémy, marin sauveteur à bord de l'Ocean Viking © Radio France / Thibault Lefèvre

Secourir, accueillir et soigner

Sur le pont arrière, l'Ocean Viking est une petite ville qui peut accueillir entre 200 et 300 personnes. Trois conteneurs blancs sont disposés au centre du bateau avec, au-dessus, des espaces de stockage et des passerelles pour circuler. Pour Jérémy, "le pont est extrêmement fourni, il est presque sur deux étages. Vous pouvez voir des galeries sur des conteneurs qui nous permettent d'accéder plus facilement à des zones de stockage. Ça a été tout le challenge de SOS et de MSF, d'organiser un pont tel qu'il est construit maintenant, c'est-à-dire à base de conteneurs, de modules médicaux, pour pouvoir mettre nos canaux de sauvetage, organiser une bonne circulation et une bonne réception des réfugiés."

A l'intérieur du conteneurs qui peut accueillir 50 femmes et enfants
A l'intérieur du conteneurs qui peut accueillir 50 femmes et enfants © Radio France / Thibault Lefèvre
Le conteneur des hommes.Il peut accueillir jusqu'à 150 personnes.
Le conteneur des hommes.Il peut accueillir jusqu'à 150 personnes. © Radio France / Thibault Lefèvre
Un dessin affiché dans le conteneur des hommes et réalisé par un enfant à bord de l'Aquarius
Un dessin affiché dans le conteneur des hommes et réalisé par un enfant à bord de l'Aquarius © Radio France / Thibault Lefèvre

MSF et SOS Méditerranée ont aménagé trois conteneurs. Le plus grand, à l'arrière du bateau, peut héberger 150 hommes. Le plus petit, à l'autre extrémité, 50 femmes et enfants. Entre les deux, il y a les sanitaires et une clinique avec trois salles : une salle pour l'urgence, une salle d'accouchement et la troisième pour la surveillance.

Lucas est médecin urgentiste pour Médecins sans frontière : "On peut gérer les situations de déshydratation, les soins pour les femmes enceintes, les traumas causés pendant la détention en Libye ou pendant le trajet. Mais on ne fait pas d'intervention chirurgicale. On a mis en place un système d'évacuation où la patient peut être amené au niveau du pont haut et donc on peut organiser rapidement une évacuation." Une évacuation par hélicoptère, qui nécessite donc la coopération des gardes-côtes.

La salle d'urgence à bord de l'Ocean Viking
La salle d'urgence à bord de l'Ocean Viking © Radio France / Thibault Lefèvre
La salle d'acouchement à bord de l'Ocean Viking
La salle d'acouchement à bord de l'Ocean Viking © Radio France / Thibault Lefèvre

Marina est la sage-femme à bord. C'est la deuxième fois qu'elle participe à une mission de MSF et de SOS méditerranée. La première fois, c'était à bord de l'Aquarius, il y a deux ans, pendant l'hiver. Elle se souvient parfaitement de ce 10 décembre 2016 :

"_Une femme venait d'être secourue. Elle venait du Nigéria. Elle a accouché à 4 h du matin le lendemain, par terre, 14 heures après le sauvetage, le 11 décembre. C'était son second enfant donc le travail a été rapide. À ce moment-là, on a eu un nouveau sauvetage avec plus de 500 personnes à bord. On a été très occupés. J'ai dû l'abandonner un moment. Le bébé n'allait pas bien. J'ai pensé à une évacuation d'urgence mais mon boss m'a dit qu'au minimum, ça prendrait 5 heures. Je devais donc faire quelque chose et quand finalement, nous avions décidé de malgré tout essayer de l'évacuer, le bébé est né. Un petit garçon. 3,18 kilos. Son prénom est Favour (Faveur). Et vous savez pourquoi elle l'a appelé comme ça ? Car elle était en Libye, et à force de demander au passeur de pouvoir monter à bord gratuitement, à force d'insister, le passeur a accepté, c'est pour cette raison qu'il s'appelle Favour._"

Près de trois ans après la naissance de Favour, Marina est resté en contact avec la famille. Elle vit aujourd'hui en Italie et Favour ira bientôt à l'école. 

Marina, sage-femme à bord de l'Ocean Viking
Marina, sage-femme à bord de l'Ocean Viking © Radio France / Thibault Lefèvre

Si la sage-femme avoue qu'elle n'oubliera jamais cette journée et surtout ce dénouement heureux, elle est rassurée de repartir en mission dans de bien meilleures conditions : 

On a  désormais une salle d'accouchement. On est prêt. C'est un espace privé qui est réservé pour les femmes enceintes. Sur l'Aquarius, on n'avait pas d'intimité. Ça s'est beaucoup amélioré.

Les 24 humanitaires de l'équipage sont donc prêts, mais ce n'est pas encore le cas du bateau. Tous les canots de sauvetage ne sont pas encore installés, il faut aussi gérer le ravitaillement, terminer quelques travaux d'entretien avant de partir en mer. À 13 nœuds de moyenne, l'Ocean Viking devrait mettre entre trois et quatre jours pour rejoindre la Méditerranée centrale.

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