Ce lundi 18 novembre a marqué une nouvelle escalade dans la violence des affrontements à Hong Kong. Plusieurs centaines de manifestants étaient réfugiés à la "PolyU", l'université polytechnique. Alors que la police menace de tirer à balles réelles, certains ont fui le campus en rappel...

Des manifestants munis de parapluies pour repousser les grenades lacrymogènes envoient des cocktails molotov sur la police
Des manifestants munis de parapluies pour repousser les grenades lacrymogènes envoient des cocktails molotov sur la police © Maxppp / Kyodo

16 heures en France, 23 heures à Hong Kong. C'est en pleine nuit ce lundi 18 novembre, que des dizaines de manifestants hongkongais assiégés par la police dans le campus de PolyU ont réussi à s'enfuir. Les protestataires sont descendus en rappel d'une passerelle, puis ont été récupérés sur une route en contrebas par des personnes à moto.

Des manifestants descendent en rappel à l'aide d'un tuyau pour fuir le campus de PolyU (18/11/2019)
Des manifestants descendent en rappel à l'aide d'un tuyau pour fuir le campus de PolyU (18/11/2019) © AFP / Ye Aung Thu

Le campus, occupé depuis la semaine dernière, était cerné par les forces de l'ordre ce lundi matin. Les scènes sont dignes d'un scénario de bataille, chaque camp cherchant à gagner du terrain sur le camp adverse. Le journal Hong Kong Free Press résume ainsi les événements de la nuit de dimanche à lundi

  • Dimanche soir : les manifestants qui occupent le campus depuis une semaine lancent des projectiles enflammés afin de bloquer l'avancée de la police.
  • Autour d'une heure du matin (18h en France), les manifestants lancent des cocktails Molotov. La police réplique avec des canons à eau. 
  • À 1h20 du matin, Owan Li, étudiant de PolyU, organise une conférence de presse et indique que la police bloque toutes les entrées du campus, empêchant quiconque de sortir. "Les gens du campus paniquent." Les membres du corps enseignant au même titre que le public et les médecins ne sont pas non plus autorisés à sortir. "Nous ne voulons absolument pas revoir un 4 juin (le massacre de Tiananmen en 1989)", indique quand à lui le président de l'union des étudiants Derek Liu.
  • Autour de 5h30 (22h30 heure française), la police pénètre sur le campus après des affrontements qui ont duré toute la journée de dimanche. Plusieurs arrestations ont lieu.
  • Ce lundi, les affrontements continuent et la police refuse toujours de laisser sortir les manifestants.

Des images glaçantes

Sur cette vidéo, la police projette une peinture bleue à l'aide d'un canon à eau ; ce bleu est censé marquer les vêtements des émeutiers pour les repérer ensuite. Mais plusieurs internautes pointent le fait que cette peinture soit "irritante" et "chimique".

Des manifestants fuient après des tirs de gaz lacrymogène sur le campus de PolyU (18/11/2019)
Des manifestants fuient après des tirs de gaz lacrymogène sur le campus de PolyU (18/11/2019) © AFP / Ye Aung Thu
Des manifestants sont "escortés" par la police après avoir essayé de fuir le campus (18/11/2019)
Des manifestants sont "escortés" par la police après avoir essayé de fuir le campus (18/11/2019) © AFP / Ye Aung Thu

À l'extérieur du campus, de nombreux manifestants se sont massés pour tenter de venir en aide aux manifestants bloqués dans l'université.

Des manifestants reçoivent du gaz lacrymogène après avoir tenté de pénétrer dans l'enceinte de PolyU pour venir en aide aux manifestants du campus
Des manifestants reçoivent du gaz lacrymogène après avoir tenté de pénétrer dans l'enceinte de PolyU pour venir en aide aux manifestants du campus © AFP / Dale de la Rey
Une chaîne humaine s'est formée à l'extérieur du campus pour acheminer des objets à l'avant de la ligne, là où ont lieu les affrontements
Une chaîne humaine s'est formée à l'extérieur du campus pour acheminer des objets à l'avant de la ligne, là où ont lieu les affrontements © AFP / Dale de la Rey

"Voici pourquoi il faut quitter la PolyU. Il y a si peu à manger et à boire", écrit cette internaute qui se décrit comme journaliste pour plusieurs journaux américains. En photo, un meuble de ce qui semble être la cafétéria de l'université, dont les étagères sont quasi vides.

"Le monde doit se tenir aux côtés des manifestants de Hong Kong", écrit sur son compte Twitter Joshua Wong, l'un des leaders activistes du mouvement pro-démocratie. "Je ne suis pas forcément d'accord avec l'attitude de certains manifestants, mais les manifestants violents vont comparaître devant la justice. Pourtant, ironiquement, qu'en est-il de la brutalité disproportionnée de la police ?"

Des secouristes auraient aussi été arrêtés alors qu'ils soignaient des manifestants sur le campus. "C'est un crime de guerre", dénoncent plusieurs internautes.

Tirs de flèches enflammés et catapultes artisanales

Si la police menace de tirer désormais à balles réelles, c'est en réplique aux armes qu'elle juge "létales" employées par les manifestants. En effet, si les émeutes ont lieu régulièrement depuis le 31 mars, la contestation a pris un virage plus violent depuis une semaine, entraînant notamment la fermeture des écoles. Outre les habituels pavés et cocktails molotov, certains manifestants ont été aperçus munis d'armes rarement vues lors d'un mouvement social.

Un manifestant tire une flèche enflammée (12/11/2019)
Un manifestant tire une flèche enflammée (12/11/2019) © AFP / Anthony Wallace

Il y a notamment les archers, tirant des flèches parfois enflammées. Le 17 novembre, un policier a d'ailleurs eu la jambe transpercée par l'une de ces flèches. Il y a également les catapultes artisanales, utilisées pour tirer des briques sur la police.

Des manifestants propulsent des briques sur la police depuis le toit de PolyU (17/11/2019)
Des manifestants propulsent des briques sur la police depuis le toit de PolyU (17/11/2019) © AFP / Anthony Wallace

De leur côté, les forces de l'ordres sont accusées de violences gratuites sur les manifestants. De nombreuses images circulent sur les réseaux sociaux, comme ces deux photos largement relayées sur Twitter. On voit des policiers pointer leur lanceur de balle de défense sur la tête des manifestants.

L'exécutif hongkongais, qui est aligné sur Pékin, s'est refusé à accéder aux revendications des manifestants. Ceux-ci demandent notamment l'avènement du suffrage universel dans la mégapole de 7,5 millions d'habitants, et une enquête sur ce qu'ils présentent comme des violences policières. La Chine a maintes fois averti qu'elle ne tolérerait pas la dissidence, et l'inquiétude monte face à l'éventualité d'une intervention internationale pour mettre fin à la crise.

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