Pour Bernard Kouchner, cela ne fait aucun doute : ses travaux ont permis une amélioration substantielle du système de santé, notamment au Gabon :

« La moitié de la population du Gabon étant des indigents, privés de la possibilité d’aller se faire soigner à l’hôpital, j’ai aidé avec d’autres experts à faciliter leur accès au système de santé. » , expliquait-il, le 5 février dernier au Figaro.

« J’ai travaillé à un projet auquel je tiens : l’assurance maladie pour les Africains, qui permette aux indigents d’être pris en charge , déclare encore Bernard Kouchner, dans les colonnes du Nouvel Observateur (5-11 février 2009). Au Gabon, une loi de janvier 2007, votée à la suite de mon travail qui a duré trois ans, instaure un « régime obligatoire d’assurance maladie » et j’en suis fier (…) Y-a-t-il quelque chose de choquant qu’un ancien ministre de la Santé, qui a fait pendant des dizaines d’années des missions humanitaires pour Médecins du Monde et bien d’autres sans toucher un centime, rédige des rapports permettant à des pays africains d’améliorer leur système de santé ? »

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Des propos relayés par son avocat Georges Kiejman, le 8 février 2009, dans les colonnes du Journal du dimanche : « La loi sur la santé publique qui est née de ces recommandations est du 4 janvier 2007 » , précise Me Kiejman, « La loi assure un système de protection des plus indigents, il y a vraiment un système d’assurance-maladie au Gabon » , plaide l’avocat. »

Ce tableau assez idyllique est contesté par le personnel de santé gabonais, que nous avons interrogés. Depuis la mi-janvier les services hospitaliers gabonais sont en grève pour protester contre leurs conditions de travail.

Sylvie Nkogue-Mbot :

C’est le ras-le-bol général ! Que Monsieur Kouchner vienne sur le terrain

Sylvie Nkogue-Mbot est secrétaire générale du syndicat Hippocrate (qui regroupe médecins, chirurgiens, pharmaciens, biologistes et dentistes), chef de service du service de stomatologie de l’hôpital pédiatrique d’Owendo, à Libreville. Elle dresse un tableau accablant de la situation sanitaire gabonaise. Fauteuils pour les opérations, aiguilles, seringues, gants : le matériel de base est absent.

Selon elle, contrairement aux propos de Bernard Kouchner, rien ne s’est amélioré sur place.

Sylvie Nkogue-Mbot

Un sentiment partagé par le membre de la société civile gabonaise, président de l’ONG « Brain Forest » et coordonateur de la campagne « Publiez ce que vous payez », Marc Ona Essangui…

Marc Ona Essangui

Christian Abiaghe :

Rien n’a changé

Le président de l’association gabonais« SOS consommateurs », Christian Abiaghe, lui aussi, ne voit pas aucune amélioration sur le terrain.

Christian Abiaghe

Dans ces conditions, le dr Sylvie Nkogue-Mbot se dit « choquée » que le Gabon ait fait appel à Bernard Kouchner pour rédiger un rapport sur une situation connue de tous les professionnels de santé gabonais…

Sylvie Nkogue-Mbot

Pour le député gabonais Jean Valentin Leyama, « il semble difficile d’établir un lien entre le travail du dr Kouchner et le système de santé au Gabon. » Aucune mention n’a officiellement été faite de son travail.

Jean Valentin Leyama

Le staff d'IMEDA conteste cette version, expliquant avoir été sollicité par le Gabon "dans l'examen du projet de loi".

Le CHU de Brazzaville :

Un mouroir, dans lequel vous entrez en bonne santé, et sortez malade

Concernant la réhabilitation du CHU de Brazzaville, la dernière mouture du rapport d’IMEDA sur le sujet doit officiellement être remise aux autorités congolaises dans les jours à venir.

Le chercheur en immunologie, Arsène Bikoué, membre de l’opposition congolaise décrit ce CHU comme un véritable« mouroir » .

Arsène Bikoué

Même constat effectué par l’opposant politique Patrick-Eric Mampouya qui, dans ces conditions, juge « scandaleux » le fait de travailler pour le compte d’un tel régime.

Patrick-Eric Mampouya

Voici quelques photos illustrant la description de Patrick-Eric Mampouya sur les hôpitaux au Congo-Brazzaville.

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