Michel Lussault, le président du Conseil supérieur des programmes, en désaccord avec le ministre de l’Éducation nationale, claque la porte. Quel est le rôle de cette instance ?

Le Conseil supérieur des programmes scolaires n'a pas de pouvoir décisionnel mais peut faire des propositions qui sont suivies ou non par le ministère (illustration)
Le Conseil supérieur des programmes scolaires n'a pas de pouvoir décisionnel mais peut faire des propositions qui sont suivies ou non par le ministère (illustration) © AFP / JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

"Je démissionne pour envoyer, peut-être, un message au ministre, au ministère". Michel Lussault, le président du Conseil supérieur des programmes (CSP), a annoncé ce mardi matin sur France Inter, qu’il quittait son poste, après trois années. Selon lui, Jean-Michel Blanquer a franchi "quelques limites". Il espère que ce "message" sera entendu au ministère de l’Éducation, "pour essayer d'arrêter le jeu qui est lancé depuis quelques semaines, qui consiste à agiter un certain nombre de sujets et à satisfaire ce que je crois être quelques bas instincts d'une clientèle politique", a-t-il précisé.

Michel Lussault accuse le ministre de l’Education de ne pas tenir compte de l’avis du CSP, lorsque Jean-Michel Banquer a notamment remis en question les méthodes de lecture et annoncé la fin du prédicat.

Un rôle de proposition

Le Conseil supérieur des programmes, chargé de concevoir les programmes scolaires, est né de la loi de refondation de l'école que Vincent Peillon, alors ministre de l'Éducation, a fait voter le 8 juillet 2013 (il remplace le Haut conseil de l’Éducation). Il n’a pas de pouvoir décisionnaire, mais un rôle de proposition. Composé de 18 membres, nommés pour cinq ans, des experts, des enseignants mais aussi des parlementaires de gauche et de droite, le CSP a notamment revu les programmes de maternelle, entrés en vigueur à la rentrée 2015, puis les programmes du CP à la 3ème, entrés en vigueur à la rentrée 2016, avec un an de retard.

Dans un communiqué diffusé en avril 2017, avant l’élection présidentielle, le CSP avait tenu a réaffirmé son rôle. Depuis sa création, les programmes sont conçus comme un acte "non partisan" qui "ne relève ni des seuls spécialistes de l'éducation, ni du Parlement, ni de l’exécutif, mais qui implique une diversité des visions et des opinions au sujet de ce que l'on propose aux élèves d'apprendre", s’était défendu l'instance.

Cette notion d’indépendance avait pourtant fait débat en 2015. "Le CSP est le bras armé du ministère de l'Éducation nationale", avait affirmé l’un des membres du conseil, Jacques Grosperrin, sénateur UMP, avant de démissionner.

Selon le sociologue François Dubet, le Conseil supérieur des programmes a été créé pour "échapper à l’éternelle querelle des programmes, car avant, c’était l’inspection générale, donc l’administration, qui était chargée de les faire. Ce qui avait un défaut : chaque discipline tendait à défendre ses programmes, en voulant faire des élèves des as dans leur discipline, en occultant la partie pédagogique". Il reconnait que le ministre de l’Éducation donne le sentiment de "détricoter ce qui a été fait depuis cinq ans par le CSP, de passer au-dessus de son avis, même si je pense que c’est un peu plus compliqué que cela, il y a beaucoup d’affichage et de communication dans tout cela".

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