Acte I : 1680, date fondatrice d’une institution, la Comédie-Française

Les troupes de théâtre au XVIIe siècle

Au XVIIe siècle, des troupes itinérantes italiennes, espagnoles ou françaises sillonnent les routes de France , alors que s’établissent àParis quelques troupes sédentaires . La spécialisation des troupes par genre dramatique s’opère vers le milieu du XVIIe siècle : la tragédie pour l’Hôtel de Bourgogne, les pièces à machines pour l’Hôtel du Marais. C’est en 1658 que Molière et sa troupe font irruption sur la scène parisienne, désormais ils sont protégés par le Roi, qui leur accorde la salle du Petit-Bourbon où ils jouent, principalement la comédie, en alternance avec les Comédiens Italiens. Les luttes acharnées entre les quatre troupes stimulent les talents et les combats littéraires la créativité. Dans cette salle sont exposés des portraits : Floridor , attaché à Corneille, Montfleury et la Champmeslé , interprètes privilégiés du répertoire tragique et de l’oeuvre de Racine, Baron , élève de Molière, par exemple.

À la mort de Molière en 1673 , le Roi ordonne la jonction de sa troupe avec celle de l’Hôtel du Marais, qui s’installe à l’Hôtel Guénégaud, puis en 1680, la troupe nouvellement formée fusionne avec celle de l’Hôtel de Bourgogne, toujours sur ordre du monarque. La troupe du Roy, résultant de cette réunion obtient le privilège du répertoire en français dans Paris et ses faubourgs. La Comédie-Française dont le nom se forge par opposition à la Comédie-Italienne , naît ainsi de deux dates : le 21 octobre 1680, le Roi ordonne la jonction par une lettre de cachet afin de « rendre la représentation des comédies plus parfaite », le 5 janvier 1681, l’acte de société est signé par les comédiens « pour nourrir paix et union entre eux ».

Molière dans le rôle de César (La Mort de Pompée, Corneille) / Nicolas Mignard (I 260)
Molière dans le rôle de César (La Mort de Pompée, Corneille) / Nicolas Mignard (I 260) © Patrick Lorette / Comédie-Française

Sous le signe de Molière

Le comédien La Grange , homme de confiance de Molière, prend la tête de la nouvelle troupe en 1680, assurant ainsi la continuité après la mort du maître. Encore aujourd’hui, la Comédie-Française se reconnaît aussi sous le nom de Maison de Molière , en hommage à son fondateur spirituel, mort sept ans avant sa création. [….] La Comédie-Française possède aujourd’hui de nombreux témoignages de la vie et de l’œuvre de Molière : le portrait de Molière dans le rôle de César (La Mort de Pompée de Pierre Corneille) par Nicolas Mignard représente paradoxalement le plus grand acteur comique de son époque dans un rôle tragique, à une époque où la tragédie est le genre noble par excellence. Plus tard, Charles-Antoine Coypel qui n’a pas pu connaître son modèle, idéalise la figure de l’auteur, image que retiendra sa postérité. Témoins émouvants de sa vie d’homme, le fauteuil de malade dans lequel il incarna son dernier rôle, Argan du Malade imaginaire , ainsi que le registre de La Grange , mémoire du quotidien de la troupe, quittent exceptionnellement la Salle Richelieu pour le Petit Palais.

Acte II : L’institution et ses demeures

Les deux troupes réunies investissent le théâtre de l’Hôtel Guénégaud, autre héritage de la troupe de Molière, mais ne tardent pas à en être chassées. Les comédiens inaugurent en 1689 leur nouveau théâtre installé dans le Jeu de paume de l’Étoile aménagé par François d’Orbay, rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Ils conservent cette salle jusqu’en 1770, date à laquelle ils s’installent provisoirement dans la Salle des Machines du Palais des Tuileries en attendant la construction de leur nouveau théâtre, conçu par les architectes Peyre et de Wailly, au Faubourg-Saint-Germain. Suite aux troubles révolutionnaires, une partie de la troupe fait sécession en 1791 et s’installe rue de Richelieu dans le nouveau théâtre conçu par Victor Louis, avec à sa tête le comédien Talma. À nouveau réunie en 1799, la troupe ne quitte plus la Salle Richelieu , sauf à l’occasion de travaux de grande ampleur comme ceux prévus en 2011-2012. La salle à l’italienne permet encore aujourd’hui d’interpréter les pièces dans le rythme de l’alternance. Les esthétiques les plus classiques (plafond d’Albert Besnard) cohabitent aujourd’hui avec le rideau d’Olivier Debré.

Acte III : Le répertoire : des oeuvres et des hommes

Buste de Molière par Houdon dans le foyer du public
Buste de Molière par Houdon dans le foyer du public © Patrick Lorette / Comédie-Française

Le répertoire de la Comédie-Française est constitué à ce jour, de l’ensemble des pièces interprétées par les Comédiens-Français sur leur scène principale, la Salle Richelieu. Près de 2700 pièces de plus de 1000 auteurs différents sont entrées depuis 1680 au répertoire de la Comédie-Française . Aujourd’hui encore, le Comité de lecture, composé de comédiens et de personnalités extérieures examine les pièces anciennes ou contemporaines susceptibles d’en faire partie, sur proposition de l’administrateur général. Chaque année, plusieurs pièces viennent s’ajouter, et leur entrée en tantque telle, est entérinée à l’occasion d’une première mise en scène Salle Richelieu. [.....]

Lorsqu’au XVIIIe siècle, les comédiens éprouvent la nécessité de « décorer » leur théâtre d’oeuvres d’art, c’est naturellement leur patrimoine littéraire, le répertoire, qu’ils choisissent d’illustrer par une collection de bustes représentant les grands auteurs du XVIIe et du XVIIIe siècle . L’idée ne se réalise qu’en 1775 grâce à Caffieri qui offre le buste de Piron en échange d’une entrée à vie ; c’est le premier d’une longue série de bustes, toujours monnayés grâce à des échanges en nature contre des places. Tout un « mobilier » est ainsi conçu par les plus grands sculpteurs du temps (Huez, Caffieri, Foucou, Boizot, Pajou, Berruer, Houdon). Les figures de Molière par Houdon, de Corneille par Caffieri, de Racine par Boizot font face au monumental Voltaire assis de Houdon, offert par la nièce de Voltaire en 1870.

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