C’est un beau palmarès puisqu’il me convient presque en tous points ! Comment ne pas être heureux de voir récompensé le film digne et droit et debout du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun ? En se disant en plus que c’est une récompense qui incitera peut-être le gouvernement du Tchad à promouvoir le cinéma tchadien et ses auteurs à qui Haroun ouvre la voie. Et comment ne pas être heureux de voir Amalric si heureux de recevoir un prix de la mise en scène, choix pertinent et inspiré qui récompense un film aux beautés et aux fulgurances indéniables : un film enfiévré qui prend son temps. Ce « Tournée », c’est l’absolue certitude qu’Amalric est un cinéaste à part entière. Et comment ne pas savourer un petit plaisir personnel avec le prix remis à Juliette Binoche : interrogé par France 5 avant-hier, je m’étais senti un peu, voire très seul à citer l’actrice pour cette récompense-là. Le film est déjà dans les salles : le mieux est que vous couriez vous faire votre opinion. Pour ma part, il me semble que Binoche n’avait jamais autant donné depuis « Mauvais Sang » de Carax. C’est dire… Et puis comment ne pas être définitivement heureux pour Xavier Beauvois dont l’anxiété se sentait à Cannes dès qu’on le croisait ?! Ce prix n'est en rien secondaire, c'est l’avant-dernière marche, le même que celui donné l’an dernier à Jacques Audiard pour « Un prophète ». Au fond, Beauvois réussit à son tour l’exploit de Pialat avec « Sous le soleil de Satan » en son temps : être au plus près de Bernanos, tout étant celui qui ne croit pas au Ciel. L’alliance de la rose et du réséda. On se prenait à rêver d’une Palme d’Or pour « Des hommes et des dieux ». C’était assurément possible. A tous points de vue, Beauvois a franchi une étape dans son cheminement d'auteur et de cinéaste avec ce film. Ne pas le lui signifier était, me semble-t-il, impossible. On sait désormais qu'il jouer dans la cour des grands Il vous faudra attendre jusqu’au 8 septembre prochain pour vous frotter à ces hommes de foi qui dans leurs doutes d’airain et leurs certitudes vacillantes nous tendent des miroirs humains, terriblement humains. Oui, je passe volontairement sous silence le décidément souvent improbable prix du scénario remis à un film coréen qui est à mes yeux d’une incroyable lourdeur et fixe à la poésie un rôle, ce qui en soi est une horreur absolue et presque un crime contre la littérature en particulier et l'art en général ! Quant à la double palmette pour les deux acteurs, il me semble problématique de donner des prix d’interprétation pour des films ratés, ce qui est parfaitement le cas à mes yeux et du film mexicain et du films italien, deux lourdes démonstrations mélodramatiques qui entendent nous ouvrir les yeux sur les réalités sociales qui nous entourent avec la légèreté d’éléphants au réveil… Et puis parce que j’ai un mauvais fond, je ne résiste pas au plaisir de me réjouir de l’absence totale dans le palmarès de cinéastes qui ont présenté » cette année des œuvres bien mineures et plutôt décevantes : Mike Leigh, Takeshi Kitano, Rachid Bouchareb, notamment. Enfin, vint Apitchapong Weerasethakul. M’est-il permis de vous renvoyer au post que j’ai consacré à ce film magique et meveilleux qui a forcément et heureusement plu au magicien merveilleux qu’est Tim Burton ? Il faut le dire haut et fort, c’est une palme belle et courageuse pour un film dans lequel le spectateur doit rentrer et se plonger sans craindre de se perdre. Un film de cinématographe, un film qui pourrait être sinon le chaînon manquant entre Méliès et « Avatar » du moins la certitude que le second n’efface pas le premier, bien au contraire. Récompenser ce film, c’est témoigner un amour fou pour le cinéma. Placé sous le double signe de moines en marche vers une mort non définitive chez Beauvois et de morts réincarnés et vivants chez Weeraserthakul, ce palmarès tourne le dos aux tristes figures, aux faiseurs de mélos tellement faciles qui ont trop souvent les écrans cannois cette année. De cette sélection difficile, Burton et son jury ont assurément tiré le meilleur du meilleur. Ils sont allés à l’essentiel de ce qui nous a été montré. Ils ont pratiqué l’art d’aimer le cinéma avec un incroyable talent. Vive Cannes 2011 !

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