les amoureux d'Amour
les amoureux d'Amour © Radio France

Le film pourrait s’intituler « le grand enfermement ».Ce pourrait être du théatre, aussi. Haneke filme un huis clos : un couple vieillissant dont l’amour exclusif de l’un pour l’autre et de l’un et l’autre pour la musique se heurte à une réalité tragique, inéluctable: la maladie s’abat sur la vieille femme. Son mari va devoir sinon combattre, du moins, rendre cette déchéance plus douce, en retardant la mort. Mais l’amour d’un homme seul peut-il adoucir la fin d’une vie?

Premières images : le couple Riva-Trintignant se rend à un récital d’Alexandre Tharaud, ancien élève de la professeur de piano, puis les deux amoureux rentrent dans leur vieil appartement. Et nous n’allons plus sortir de ces murs défraîchis, prisonniers, avec eux. Seul un ou deux pigeons entrés par effraction, scènes magnifiques, auront la chance de retrouver la liberté.

Le bonheur perceptible jusque là, en effet, s’achève. Elle souffre d’absences puis d’une paralysie. Son corps lâche. Et son mari est là, combattif comme un Don Quichotte, perche tendue contre les moulins.

Haneke dirige ses acteurs à la perfection. On croirait qu’il compose une sonate pour deux violons avec juste ce qu’il faut de notes pour être juste, tandis que le piano de Tharaud rythme la fois la déchéance de l’une et le combat perdu de l’autre. Il y a quelque chose de sublime dans cette mise en scène, dans ce spectacle filmé d’une fin annoncée. La tragédie se déroule lentement, avec peu de mots, beaucoup de gestes, le corps si présent qu’on soutient, qu’on lave, l’esprit qu’on cherche à apaiser en racontant des histoires. Sa vie à lui se referme sur celle de sa femme alitée. Il pense que l’extérieur n’est d’aucun secours, il veille. Va-t-il devenir fou ? Cet amoureux de l'amour se démène seul, pour elle, au point d’exclure leur fille. D’ailleurs, y a-t-il jamais eu dans ce couple une place, pour elle ? Huppert, la fille, comme ses parents, est magistrale.

L’amour absolu, l’amour exclusif, l’amour dévorant, l’amour de la liberté, allez voir ces bouleversantes variations d’un grand réalisateur, Mikael Haneke, même si beaucoup d’entre vous redoutent ce film. Vous devriez le trouver beau, très beau.

Amour
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