Journal intime 975 Il faut aimer l’impôt Ca va être dur dur, mais il faut aimer l’impôt : c’est le socle de la démocratie. J’aime cette citation de d’Alembert (reprise dans l’Antimanuel d’Economie, reprise sur Inter samedi dernier, désolé, elle est sublime) : «La grandeur des impôts doit être en proportion directe avec la liberté. Ainsi dans les démocraties, ils peuvent être plus grands qu’ailleurs sans être onéreux ; parce que chaque citoyen le regarde comme un tribut qu’il se paye à lui-même ». Les pays où l’impôt est dérisoire par rapport au pib sont des pays de mafia, où les douaniers rackettent pour arondir leurs fins de mois faute de bon salaire. L’Ancien Régime exonérait d’impôt les aristos et prélevait la corvée sur les gueux. L’égalité devant l’impôt implique l’égalité des hommes et réciproquement. Les paradis fiscaux signifient que les hommes ne sont pas égaux devant l’impôt : certains y échappent, d’autres payent pour eux (1). L’escroquerie à l’impôt est une escroquerie à la démocratie. Seulement voila : comment supporter l’impôt s’il n’est pas juste, s’il est payé par les plus pauvres qui font de véritables transferts aux riches ? qu’est ce que l’équité fiscale ? qui doit payer plus que les autres ? Sans doute le fondement d’une bonne politique fiscale est la transparence : qui paye quoi, et par rapport à quelles recettes. Qui cotise pour qui ? Les agriculteurs de Monsieur Jacob pour les autres, ou les autres pour les agriculteurs de Monsieur Jacob ? Le flou, l’empilement des niches fiscales, les multiples dérogations, les subventions déguisées, les atteintes à l’égalité (comme le quotient familial). Mais d’autres questions se posent : faut-il une progressivité de l’impôt ? Si oui pourquoi ? Au nom de la morale, parce que les plus riches doivent entretenir ceux qui sont au chômage ? La TVA est-elle injuste ? Oui, disent les gens de gauche, car elle frappe surtout les pauvres. OK. Mais quand un pauvre consomme un smartphone, est-il moins homme qu’un riche consommant le même objet ? Quand un pauvre met un litre d’essence dans sa voiture est-il moins humain que le riche qui remplit sa Porsche ? Oui dites vous, parce que le pauvre est obligé d’avoir une voiture pour aller au boulot, alors que le riche baguenaude en Porsche... Est-ce sûr ? Alors il faut des chèques essence comme des tickets restaurants, car le transport fait partie du temps de travail, sinon, à quel titre le pauvre payerait moins ? La TVA est injuste parce que les riches consomment relativement moins que les pauvres... Certes. Mais encore une fois, en quoi le pauvre n’est-il pas égal au riche en consommant une place de ciné ou un écran plat ? Autant j’étais convaincu dans ma jeunesse de la foncière injustice de la TVA, autant j’en suis moins convaincu aujourd’hui. Vous voulez consommer ? Alors payez ! Payez équitablement, certes, si vous ne pouvez par faire autrement que de prendre votre voiture pour aller au boulot, mais payez ! La vraie question derrière la TVA la voilà : quelles sont les consommations incompressibles et synonymes de liberté ? Les consommations correspondant aux libertés fondamentales, se nourrir, se loger, avoir accès à l’art, à l’éducation, à la santé. Chacun doit toucher le revenu qui doit permettre de satisfaire ces consommations synonymes de liberté. Et pour le reste on paye plein pot, riche ou pauvre ! La TVA à 50% ! Dur hein ? (1) A ce propos, « L’arnaque » de Jean de Maillard vient de paraître en poche. La fraude est le mode de gestion de l’économie depuis le triomphe des idées libérales.

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