Peut - on parler de scandale sanitaire ? Les patientes ayant pris le médicament Androcur, de Bayer, notamment contre l'acné et la pilosité excessive, n'auraient pas été informées qu'à certaines doses, il pouvait déclencher des méningiomes ou des tumeurs au cerveau.

Un étude réalisée par l'Agence du médicament (ANSM) et l'Assurance maladie alerte sur les dangers de l'Androcur
Un étude réalisée par l'Agence du médicament (ANSM) et l'Assurance maladie alerte sur les dangers de l'Androcur © Maxppp / IP3 PRESS

Plusieurs dizaines de patientes veulent faire connaître en tout cas leur histoire. Elles ont toutes pris ces dernières années le médicament Androcur, de Bayer, prescrit notamment contre l'acné et la pilosité excessive, sans qu'on leur dise qu'à certaines doses, il pouvait déclencher des méningiomes ou des tumeurs au cerveau. 

L'acétate de cyprotérone, nom générique de l'Androcur, est un médicament qui bloque l'activité des hormones mâles. 89.000 femmes ont fait l'objet d'au moins une prescription en 2017.

L'agence du médicament s'est saisie du dossier et va réviser très prochainement les recommandations liées à ce médicament. Il multiplierait par 7  le risque de voir apparaître une tumeur après 6 mois de prise.

En attendant, le mal est fait et les pouvoirs publics ont mis du temps à réagir. 

Un médecin avait averti dès 2008. 

Marlène par exemple, a pris le médicament pendant 12 ans, et n'a pourtant jamais été prévenue des risques.

Le 5 décembre dernier, à 39 ans, annonce qu'elle n'arrive plus "à parler au réveil" . Elle dit en fait un mot à la place d'un autre, et son entourage s'inquiète. On lui découvre finalement une tumeur énorme dans le cerveau, de 5 centimètres sur 9. Le médecin à l’hôpital lui demande aussitôt si elle prend de l'Androcur.

Elle le prenait par coquetterie et par confort  car elle se trouvait trop poilue. 50 milligrammes par jour mais personne ne l'avait jamais alerté.   

Combien de personnes dans son cas ? Marlène les cherche depuis le printemps dernier, et elle a déjà établi le contact avec une soixantaine de victimes. Il s'agit notamment des transexuelles qui veulent se débarrasser de leur pilosité. 

Opérée en décembre et délivrée de sa tumeur, Marlène garde malgré tout des séquelles, épilepsie, problèmes neurologiques, troubles du langage ou de l'écriture. Elle venait de créer son entreprise mais pour l'instant ne peut plus travailler.

L'Europe avertie

Les autorités sanitaires françaises vont demander à l'Europe de redéfinir les modalités d'utilisation de l'Androcur, médicament qui peut multiplier jusqu'à 20 le risque de certaines tumeurs chez les femmes traitées longtemps et à hautes doses, a annoncé jeudi l'Agence du médicament ANSM.  

Cette demande va être formulée sur la base d'une nouvelle étude qui quantifie le risque pour la première fois.   Ce risque lui-même est connu de longue date et figure depuis 2011 sur la notice de ce traitement hormonal. 

Il est utilisé pour combattre une pilosité excessive dans des cas particuliers, mais aussi dans le traitement de l'endométriose, hors de son autorisation de mise sur le marché (AMM).  Rendue publique fin août, l'étude a été réalisée par l'ANSM et l'Assurance maladie.

Pour autant, les autorités sanitaires ne jugent pas nécessaire de retirer ce médicament du marché car il a des bénéfices dans les indications qui sont les siennes. 

Elles veulent en revanche repréciser ces indications pour éviter les utilisations impropres. 

Il faudrait donc qu'elles indiquent clairement les posologies maximales, et la contre-indication du médicament pour les pathologies  plus légères (que celles pour lesquelles il est vraiment indiqué). 

Après une première réunion d'un comité d'experts indépendants le 13 juin, une seconde aura lieu le 1er octobre.   Ces conclusions seront transmises au niveau européen avant la fin de l'année pour une procédure dont l'issue est espérée en 2019.  

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