Ali, Une pièce courte pour deux acrobates, conçu et interprété par Mathurin Bolze et Hedi Thabet Deux paires de béquilles, comme des quilles aériennes, portent d’abord les acrobates. Sur la chaise, ils s’assoient, deux bustes mais trois jambes. Celui-ci en a deux, l’autre n’en a qu’une. Hedi Thabet danse sur une jambe. Mathurin Bolze court, vole. À eux deux, ils exposent le monstre et la grâce. Ils bataillent, puis fusionnent, se séparent. Symbiose violente de corps imparfaits aux gestes fabuleux. On les applaudit debout, ces deux anges d’un mouvement incessant à la grâce supérieure. Ils rendent compatibles la drôlerie et la beauté, l’effroi et le magnifique. Hedi Thabet était un jongleur émérite, issu de l’école du cirque de Bruxelles. Ici, aucun accessoire de jonglage. Le corps de l’athlète, et la danse. Mathurin Bolze, artiste du trampoline chez François Verret ou Anomalie, passé par le Centre National des Arts du Cirque, est devenu créateur de pièces aux scénographies puissantes. Il se meut ici sans agrès. Le corps de l’acrobate, et le geste. Ils sont à armes égales, dotés seulement de leurs peaux, de leurs muscles, de leur rage de continuer, et de leur amitié. À ce duo muet s’ajoute la voix du comédien et metteur en scène Christian Benedetti. Le fondateur et directeur du Théâtre-Studio à Alfortville, lit le texte du peintre Garouste, L’Intranquille. Le récit que le plasticien a composé sous le regard de la romancière Judith Perrignon, porte en sous-titre Autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou. Texte tragique et noir, sans violence ni complaisance, les mots de Garouste par la voix de Benedetti, répondent étrangement aux corps sublimes d’Ali. Un moment où s’affrontent et se magnifient le geste, la voix, l’émotion et le sens, tous portés à leur incandescence.

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