La société française est accusée depuis six ans d'avoir fourni à la Libye et à l'Égypte des systèmes de surveillance qui lui ont permis d'identifier et d'arrêter des opposants.

Manifestation du collectif Democratie en Egypte en août 2014.
Manifestation du collectif Democratie en Egypte en août 2014. © Maxppp / IP3 PRESS/MAXPPP/Aurelien Morissard

Qui est Amesys ?

Amesys est une société française de sécurité informatique basée à Aix-en- Provence. Créée en 1979, elle se spécialise dans les technologies numériques "de l'information" sous le nom i2e. En 2004, la société est rebaptisée Amesys. Elle va vivre ensuite une longue série de rachats : d'abord par Bull, une société d'informatique française en 2010, puis, lorsque ce dernier est racheté par Atos en 2014 pour 620 millions d'euros, Amesys change une nouvelle fois de bannière.

Que lui reproche-t-on ?

En 2007, Amesys vend son système Eagle à la Libye de Mouammar Kadhafi. La police secrète du pays aurait alors utilisé cette technologie pour espionner, traquer et torturer des journalistes, des militants des droits de l'homme, ou tout opposant au régime, à partir d'échanges sur internet. La FIDH, une ONG de défense des droits de l’homme, dépose en 2011 une plainte contre Amesys, pour complicité de torture. L’enquête a été confiée au pôle spécialisé dans les crimes contre l’humanité du tribunal de grande instance de Paris.

Comment fonctionne Eagle ?

L'Eagle d'Amesys permet de surveiller le trafic Internet et de stocker des données de connexion grâce la technologie de Deep Packet Inspection. C'est à dire que l'aigle français est en mesure d'inspecter "en profondeur" du contenu sur un réseau : les boîtes mails, les messageries instantanées, les demandes aux moteurs de recherche, le Peer 2 Peer ou encore les navigations web. Mentionner un mot-clef, un article, ou un livre peut conduire à se retrouver dans l’œil d'Eagle. Le système est également capable de localiser les téléphones portables, même éteints.

Comment la Libye a utilisé Eagle ?

Les données recueillies par le système de surveillance sont ensuite remises aux agents du renseignements, leur permettant de créer des fiches personnelles. Intitulées "Formulaire de suivi sur le net" ou "Formulaire d’une cible surveillée sur le net", elles mentionnent l'adresse électronique des personnes surveillées, avec des motifs peu précis. Plusieurs dizaines de ces documents ont été découverts par des journalistes et versés au dossier judiciaire.

Qu'est devenu ce système ?

Difficile de suivre précisément la route prise par Eagle. Le système d'Amesys est cédé à Nexa Technologies. Une cession déguisée pour certains, pour exfiltrer la société à Dubaï. Nexa vend depuis un système nommé Cerebro, capable lui aussi de surveiller le trafic internet. Aujourd'hui, la FIDH accuse Amesys de récidive. La société aurait fourni "le même type de matériel à l'Égypte" avance l'ONG. Sous le nez et à la barbe encore une fois de l'État français.

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