Alors que les frontières européennes rouvrent en grande partie ce 15 juin, certaines villes comme Amsterdam ne veulent pas renouer avec le tourisme de masse. La capitale des Pays-Bas pourrait même chasser son quartier rouge en périphérie.

Les canaux… sans bateaux. Les quais… sans touristes et une habitante qui lit son journal dans la rue .Scène inédite pour les résidents du quartier historique d’Amsterdam
Les canaux… sans bateaux. Les quais… sans touristes et une habitante qui lit son journal dans la rue .Scène inédite pour les résidents du quartier historique d’Amsterdam © Radio France / Angélique Bouin

Les frontières européennes rouvrent en grande partie ce lundi, ce qui devrait soulager les professionnels du tourisme. Mais dans certaines villes comme Amsterdam, les habitants qui en temps ordinaire étouffent avec le tourisme de masse (un million d'habitants, 18 millions de touristes accueillis chaque année) ont repris goût à leur quartier. La mairie avait déjà pris des mesures l’an dernier, et sous la pression des associations de résidents elle pourrait accélérer la transformation du centre-ville, devenu un rendez-vous de fêtards et d’enterrements de vie de garçons,  attirés par le sexe et la drogue. Les célèbres vitrines dans lesquelles les prostitués offrent leur service pourraient bien déménager en périphérie. 

Le quartier rouge sans ses touristes
Le quartier rouge sans ses touristes / Lex and the city

Depuis la crise du Covid 19, le centre historique d'Amsterdam est méconnaissable. Un jeune homme, passe un coup de fil assis au bord du canal, à ses pieds des canards s’en donnent à cœur joie. Tous les  bateaux, bâchés, sont à quai, tandis qu’une maman se balade en plein milieu de la rue avec sa poussette.   

"C’est le quartier rouge ici »  expose Lex, guide touristique.  « Parfois je me trouvais dans un bouchon de promeneurs, je ne peux plus bouger ! Avant la crise il y avait trop de fête à partir de midi ici…Moi j’aime bien la fête mais il y a aussi les locaux il faut y penser !

Guide touristique pour Lex and the City, Lex pose devant la porte de certains habitants qui ont écrit en gros sur une affiche  à destination des touristes. « nous vivons ici ! »
Guide touristique pour Lex and the City, Lex pose devant la porte de certains habitants qui ont écrit en gros sur une affiche à destination des touristes. « nous vivons ici ! » © Radio France / Angélique Bouin

Ici, c’est la rue des « Anglais » plaisante Lex en poursuivant sa visite. Le drapeau britannique flotte sur des pubs, qui ont rouvert malgré l’absence de clients. Les prostituées, elles, n’ont pas eu l’autorisation de reprendre leur activité avant septembre. 

A quelques rues de là, nous voilà chez Anita, une artiste, militante anti-tourisme de masse. Elle vit ici depuis 40 ans dans une petite maison tout en hauteur . On y  accède par un escalier étroit et encombré. Anita est penchée sur un grand livre de photos du quartier.

"Là sur la photo, c’est le quartier rouge. Ils font la fête, ils sont saouls, c’est sale, ils fument trop... Le Covid, pour nous c’était un paradis. On a retrouvé notre ville, les gens se disaient bonjour. Comme c’était avant. Pour nous, c’est notre vie. Les cafés ils ne voient que des euros dans leurs têtes!"

Anita, habite près des canaux dans le centre historique. Militante anti tourisme de masse, elle  aimerait dormir la nuit. Elle nous montre des photos du quartier lorsqu’il est envahi de jeunes fétards
Anita, habite près des canaux dans le centre historique. Militante anti tourisme de masse, elle aimerait dormir la nuit. Elle nous montre des photos du quartier lorsqu’il est envahi de jeunes fétards © Radio France / Angélique Bouin

Les cafés ont demandé à étendre leurs terrasses lors du  déconfinement, de quoi relancer la guerre avec les associations de quartier.

Dans son bureau qui surplombe le canal, Mascha ten Bruggencate, la maire d’arrondissement, rappelle d’entrée de jeu toutes les mesures déjà prises ces dernières années : hausse de la taxe de séjour, interdiction des visites guidées dans le quartier des prostituées, et des locations touristiques de type Air BNB dans certaines rues. La prostitution et la consommation de drogue sont légales ici, mais ne doivent pas être une attraction touristique admet-elle :  

"Le problème c’est l’image, avec le  sexe et la  drogue, qui sont partout ! on est attachés à nos libertés, mais on ne veut plus que cela soit une  attraction touristique ! parce que cela n’a pas vocation à l’être , c’est une part de la vie ! Et l’image de la ville n’est donc pas la bonne. Il y a tellement plus à faire ici : regardez, il y a les canaux classés au Patrimoine mondial de l’Unesco, il y a l’histoire d’Amsterdam, les musées, l’art, et bien sûr plein de gens sympas à rencontrer!"

Avant le Covid, la ville réfléchissait à deux options radicales pour changer cette image: déménager les célèbres prostituées vers un centre érotique en périphérie de la ville, et restreindre aux seuls Néerlandais la consommation de cannabis. Mais la crise va sans doute les pousser à y réfléchir à deux fois.  Le sujet est explosif, et enflamme les relations avec les professionnels du tourisme, qui espèrent bien redémarrer le plus vite possible explique  Véronik Krohn , la patronne de l’hôtel Rho:  

"La  ville d’Amsterdam ne devrait pas se plaindre car elle en bénéfie ! En plus depuis 2005 ils mènent une politique pro–hôtellerie !  Et depuis qu’ils le font, le secteur  explose. On est passé de 9000 chambres à 22 000 environ, et maintenant ils disent qu'on n'a pas besoin de ces touristes ! C’est injuste. On a besoin de ces gens, car il y a eu plein d’investissements. On a besoin de clients. On en a eu un seul hier, c’était vous !"

Les sites touristiques à Amsterdam

Guide officiel de Amsterdam

Lex and the City

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