Il a la carte. Et même la golden carte cannoise. A entendre les applaudissements qui ont salué ce matin la première projection de son nouveau film, « ANOTHER YEAR », Mike Leigh est l’objet d’un culte particulier. Sans compter que l’une des deux actrices principales, Lesley Manville, se voyait déjà décerner le Prix d’interprétation féminine par des spectateurs béats d’admiration (si je puis me permettre, il reste quand même une quinzaine de films à découvrir avant le palmarès…). Pour ma part, j’ai ressenti la douloureuse impression d’assister à la transcription fidèle d’un scénario minimaliste qu’aurait écrit Philippe Delerm (pléonasme, je sais…). Seule différence, et comme on boit beaucoup dans le film, la « première gorgée de bière » devrait se transformer en « le premier pack de bière ». Mais le reste serait à l’avenant, c’est à dire la description de vies sans relief à partir d’un couple nommé, je n’invente rien, Tom et Gerri (oui, c’est bien le même humour cher à la famille Delerm, name dropping aidant il s’agirait plutôt d’une contribution de Vincent, en l’occurrence). Ces deux là s’aiment depuis des années dans une banalité et un sirop dont Mike

Mike Leigh
Mike Leigh © Radio France / REUTERS/Christian Hartmann

Leigh semble se délecter à chaque image. Ils ont un fils trentenaire qui tarde à se marier et sur lequel le cinéaste fait peser un petit suspense soigneusement et laidement entretenu sur une homosexualité possible qui sonnerait évidemment dans ce milieu si convenu comme un coup de pistolet au milieu du concert. Gerri a une meilleure amie, vieille fille alcoolique et déprimée. Tom a un meilleur ami, vieux garçon déprimé et alcoolique. En plus d’être triste et seule, l’amie est jalouse de tout ce "bonheur" tellement simple, entre la cueillette des tomates du jardin et la lecture vespérale, toutes choses auxquelles elle n’a pas droit… Son bonheur à elle, si médiocre et si bête et si méprisable, c'est d'avoir une petite voiture rouge, vous vous rendez compte comme elle est cruche quand même...Tout ce petit monde enfin se réunit pour un barbecue dans le jardin. Sur le polo de l’ami, le deuxième gag du film (j'enlève le mot gag), un slogan : « Moins de pensée, plus de bière ». A Mike Leigh, on aimerait offrir un autre polo sur lequel on pourrait lire : « Moins de clichés, plus de cinéma ». Pour qualifier le système Leigh, on hésite entre une détestation du genre humain qui ne s’avouerait jamais comme telle et donnerait donc un cinéma de la frustration, ou bien un attendrissement niaiseux devant la nature humaine qui aboutirait à un cinéma e la bonne conscience chrétienne. Entre ces deux religions, je ne suis même pas certain que Mike Leigh choisisse véritablement et c’est bien le reproche majeur qu’on peut lui adresser : cette formidable capacité à n’être nulle part, à ne jamais choisir. Mais c'est certainement la raison pour laquelle il séduit tant... Le tout servi par une musique carrément odieuse à force d’être manipulatrice : ah ! ces arpèges de harpe quand il s’agit de faire une respiration toute en émotion contenue… Le tout découpé en quatre saisons (les 4 saisons de la vie, les 4 saisons de Vivaldi, les quatre saisons du BHV, les 4 saisons de mon œil ?), histoire de bien faire comprendre l’universalité d’un propos a contrario tellement petit, petit, petit. Le film commence au printemps et se termine en hiver (tiens donc…) mais, entre cette naissance et cette mort, il ne se sera véritablement rien passé, sauf qu’on aura fait comprendre à la vieille fille névrosée qu’elle doit se faire aider parce qu’elle casse les pieds de tout le monde. Ouf, on est bien rassuré. Tout ensuite rentrera dans l'ordre...Dormons, braves gens, oncle Mike se charge de nous autopsier....

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