Si les anciens membres de la DGSE, au service de Gaston Flosse, démentent le moindre lien avec la disparition de JPK, un élément précis rapporté par l’ancien patron du SED témoigne, tout de même, de l’intérêt que l’affaire JPK semble avoir immédiatement suscité auprès de Gaston Flosse.

Ainsi, le patron du SED, André Yhuel, explique sur procès-verbal avoir appris la disparition de Jean-Pascal Couraud… auprès du propre garde du corps de Gaston Flosse !

Le « garde du corps du président Flosse m’a contacté sur mon téléphone portable , raconte, une première fois, Yhuel, le 7 juillet 2006. Il devait être à côté du président Flosse qui voulait que je me renseigne et que je le tienne au courant de l’avancée des recherches et de l’enquête. __

Lorsque j’ai eu [le garde du corps de Flosse], il m’a posé la question : « Sais-tu que Jean-Pascal Couraud a disparu ? Je lui ai répondu que je n’étais pas au courant. » André Yhuel appelle alors un autre membre du SED, Alain Montesinos,« le soir même car le Président [Flosse]voulait être au courant. Je lui demande de se renseigner.

J’ai ensuite suivi l’évolution des recherches par l’intermédiaire des renseignements obtenus par Montesinos auprès des services de l’Etat que je transmettais au directeur de cabinet de Monsieur Flosse, Monsieur Prunet, sous forme de fiches. »

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Des propos qu’André Yhuel confirme, lors d’une autre audition, le 11 juin 2010, dans le dossier JPK. A la question du juge Redonnet : « Comment avez-vous appris la disparition de Jean-Pascal Couraud ? » , l’ex-patron du SED répond : « Je m’en souviens très bien, c’était le lendemain après-midi. Le chef des gardes du corps de Gaston Flosse (…) m’a téléphoné alors qu’il était en voiture avec Gaston Flosse pour me demander si j’avais des précisions sur la disparition de JPK. J’ai dû faire un effort de mémoire pour me rappeler qui était JPK et j’étais un peu vexé car c’était mon boulot. J’aurais dû depuis le matin alerter Gaston Flosse sur cette disparition (…)parce qu’il y avait une cellule Etat au SED qui était en liaison particulièrement avec la gendarmerie, et on aurait dû savoir ce genre de choses. » Question du magistrat : « Mais ainsi qu’il en a été question au départ, JPK se serait suicidé. Pourquoi auriez-vous dû en avertir Gaston Flosse et pourquoi celui-ci s’en inquiétait-il ? » « Parce que c’était un opposant notoire et que c’était une ‘‘personnalité de la Polynésie’’ » , lui répond alors André Yhuel.

Après avoir été appelé par le garde du corps de Flosse, l’ancien patron du SED réaffirme avoir « alerté tout de suite [Alain] Montesinos [membre du SED] qui s’est renseigné auprès de la gendarmerie. Les renseignements du début d’enquête qu’il a pu obtenir, je les ai transmis le soir par téléphone à Gaston Flosse. Il me semble que le Major qui s’occupait de l’enquête avait demandé tous renseignements qui auraient pu aider à retrouver ce Jean-Pascal Couraud (…)Dans ma note journalière, j’ai dû deux ou trois fois rendre compte de l’enquête en cours » sur la disparition de JPK, « lorsque nous avons eu les renseignements » conclut André Yhuel.

Résumons : Gaston Flosse disposait bien d’un service de renseignement lui permettant de quadriller de près ce qui se passait sur le territoire polynésien. Cette « DGSE parallèle » aurait été créée avec l’aval de Paris. Une « cellule Etat » était chargée de transmettre des informations avec les services de la métropole. JPK faisait bien partie des personnes sous surveillance. Certains témoins confortent la piste de l’enlèvement de JPK, puis de l’homicide. Selon ses propres agents de renseignement, Gaston Flosse s’est très rapidement tenu informé du dossier JPK, alors même qu’il n’était alors officiellement question que d’un suicide. Pour sa part, Gaston Flosse a toujours démenti le moindre lien avec cette affaire.

Dans un éditorial intitulé « Plus jamais ça ! », publié dans un numéro spécial d’avril 1988 des « Nouvelles de Thaiti » (que Gaston Flosse avait immédiatement fait saisir), JPK s’inquiétait que « le système mis en place par Gaston Flosse et ses sbires » puisse « transformer la Polynésie en République bananière » , en « première République indépendante RPR du Pacifique, sous la souveraineté absolue de Sa Majesté Gaston 1er ! » L’enquête sur sa disparition semble malheureusement donner raison aux propos prémonitoires de JPK…

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