par Lefteris Papadimas et Karolina Tagaris

ATHENES (Reuters) - Les Grecs étaient partagés, mardi, entre un amer soulagement et une profonde humiliation après l'accord conclu aux forceps avec l'Union européenne et le FMI sur un plan de sauvetage de 130 milliards d'euros synonyme d'une perte partielle de la souveraineté de leur pays.

Après des mois de valse-hésitation et une nuit d'ultimes tractations à Bruxelles, les ministres des Finances de l'Eurogroupe ont pu annoncer qu'un cadre avait été trouvé pour éviter à la Grèce surendettée de sombrer dans la faillite ou de sortir de la zone euro.

Le gouvernement du Premier ministre Lucas Papadémos n'a eu de cesse d'expliquer que sans ce plan, le pays était condamné à un "chaos économique incontrôlé et à une explosion sociale".

Mais à deux mois des élections législatives prévues en avril, ces arguments sont difficilement recevables par la population à qui de nouveaux sacrifices sont demandés après la suppression de milliers d'emploi. Le chômage atteint désormais les 20%, l'économie, en récession depuis cinq ans, s'est contractée de 16% depuis 2008 et la criminalité est en hausse.

"Nous sommes comme des toxicomanes auxquels on vient de donner une nouvelle dose, voilà à quoi ils ont réduit notre pays", se lamente Iouliaz Ioannou, 70 ans, infirmière à la retraite.

"Je ne sais pas pour qui je vais voter. Je vais peut-être voter pour un nouveau parti si quelqu'un a le courage d'en créer un", dit cette fidèle de gauche qui a toujours soutenu le Pasok. "Pour la première fois, cela me gêne d'avouer que je suis grecque."

Née sous l'occupation nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, Vasia Angelou, elle aussi retraitée, a connu les sombres heures du régime des colonels dans les années 60 et 70. A l'annonce de l'accord UE/FMI, elle avoue s'être sentie soulagée.

"Nous avons vécu des moments plus durs en Grèce. Beaucoup de gens ne se rendent pas compte que la vie serait bien plus difficile si nous avions été mis à la porte de l'Europe", estime cette ancienne employée d'une agence de publicité. "J'ai au moins l'espoir que mes enfants vivront mieux", souffle-t-elle.

L'ALLEMAGNE ACCUSÉE D'INGÉRENCE

Peinant à envisager un avenir incertain, les Grecs s'interrogeaient mardi sur l'enchaînement des événements récents et surtout sur le rôle joué par l'Allemagne, économie qui sert de référence à toute la zone euro, dans l'adoption de ce plan de "sauvetage sous conditions", titre choisi par le quotidien Ta Nea.

La rhétorique guerrière est immédiatement réapparue en première page des journaux locaux: le quotidien Demokratia propose un montage photo de la chancelière allemande Angela Merkel en uniforme nazi avec en titre: "Des menottes à 130 milliards".

Alors que les négociations étaient encore en cours, le président grec Karolos Papoulias avait accusé le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, d'insulter son pays en lui donnant des leçons quasiment quotidiennes de bonne gestion économique.

"Qui est ce M. Schäuble qui insulte la Grèce?" s'était interrogé le chef de l'Etat, âgé de 82 ans, ancien résistant à l'occupation allemande et ancien opposant à la junte.

"Qui sont ces Néerlandais? Qui sont ces Finlandais?" avait-il poursuivi alimentant le ressentiment populaire à l'égard d'une intervention étrangère dans les affaires nationales.

Les modalités d'application de l'accord ne seront mises au point que cette semaine mais l'acceptation de la demande allemande d'un droit de regard de l'UE sur les finances grecques est perçue comme une ingérence sans précédent.

Le texte conclu mardi matin ne définit pas précisément les domaines de compétence des inspecteurs européens, mais ces derniers sont déjà présentés comme des "commandos" par les médias locaux.

"En tant que citoyen grec, je suis gêné par le fait d'avoir un comité de surveillance permanente", explique Raptis Michalis, vendeur de fruits. "C'est comme si nous n'avions pas en Grèce les gens formés et capables de diriger le pays", ajoute-t-il.

Mardi, des dizaines de patrons de stations-service et de chauffeurs routiers ont bloqué les rues conduisant au ministère des Finances à Athènes pour dénoncer les créanciers internationaux qualifiés de "voleurs et de contrebandiers".

Les deux principaux syndicats, Adedy pour le public et Gsee pour le privé, ont appelé à des manifestations mercredi.

Pierre Sérisier pour le service français, édité par Henri-Pierre André

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.