Je publie ici un poème de Michel Butor, avec en illustration "Orbes et désorbes" d'Arman, accumulation de ressorts dans une boite. Ce poème de Michel Butor, initialement écrit pour le peintre Julius Baltazar,"Au Hasard des Orbes" , s'enroule merveilleusement aussi sur les orbes d'Arman.

Arman et Butor avaient Nice en commun, le sens de leur époque, l'un tenant du Nouveau Réalisme et l'autre du Nouveau Roman, avant de s'en éloigner. Pas beaucoup plus que cela. Butor écrivit un texte pour Arman en 1984, "A la recherche du concert perdu"; des amis communs les avaient mis en contact, et pour accompagner les Colères d'Arman, Butor fit une "très douce" colère sur un texte de Marcel Proust.

AU HASARD DES ORBES

Notre astronef a fait naufrage

sur une plage de galets

au bord d'un océan de rouille

sous un ciel en ébullition

avec des cumulus de soufre

roulant sur des îles trouées

où le vent siffle gronde et brame

comme à travers des tuyaux d'orgue

C'était une erreur d'aiguillage

dans le réseau d'hyperespace

un caillot dans un capillaire

un grain de sable dans les rouages

de la mécanique céleste

qui nous a lancés dans l'orbite

de cette planète rugueuse

où nous avons dû nous poser

Nos ordinateurs secoués

ont besoin de quelque répit

et mainte vérification

avant de pouvoir indiquer

au bord de quelle galaxie

nous installons notre bivouac

allant détordre les antennes

au péril des gaz étrangers

A travers casques et hublots

nous admirons les tourbillons

de sables de couleurs intenses

qui teignent les dragons d'écume

crachant des flammes et des laves

sur les étaves des falaises

les dallages de flottaisons

et les radeaux cristallisés

Nul moyen d'appeler à l'aide

dans une direction précise

il faut attendre des signaux

de qui ne savent où chercher

donc profiter de notre exil

inventer de nouveaux moyens

de goûter sentir et palper

changer notre respiration

Nous devinons de longues algues

jaillissant du creux des rochers

se balançant au gré des vagues

comme voluptueusement

pour capter les rayons de l'astre

que nous n'osons nommer soleil

par les lucarnes des orages

et le miroitement des nues

Certains lorsqu'ils rentrent le soir

s'il est possible de parler

de soir ou de journée ici

car nous n'avons jamais de nuit

rapportent des photographies

de ce qui semble bien des ruines

de châteaux ou même de villes

avec des objets dispersés

Ils parlent aussi d'animaux

d'ailes et d'yeux de mains et griffes

mais on ne peut rien distinguer

de certain nous organisons

des expéditions méthodiques

d'angoisse et de curiosité

je vous en dirai plus peut-être

en risquant un autre message

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blogcs vu lu pris © Christine Siméone / Christine Siméone
Arman, 1961, Orbes et désorbes
Arman, 1961, Orbes et désorbes © arman-studio.com
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Arman, 1962, Orbes © François Fernandez
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