Loup Bureau, le journaliste français de 27 ans, retenu depuis le 26 juillet en Turquie, a atterri ce dimanche à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle à bord du vol AF1391.

Loup Bureau à son arrivée à Paris
Loup Bureau à son arrivée à Paris © AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT

Sa libération avait été annoncé vendredi. A Istanbul, les autorités aéroportuaires turques ont fait embarquer Loup Bureau directement sur le tamac, pour éviter tout contact avec les médias.

A Roissy il a été accueilli au pavillon d'honneur de l'aéroport de Roissy, par des membres de sa famille, et en présence de la ministre de la culture, Françoise Nyssen.

Loup Bureau s'est dit "très soulagé d'être revenu" en France et "très fatigué", dans ses premières déclarations à la presse, peu après son arrivée à l'aéroport.

"Je suis très fatigué mais très content d'être là", a-t-il dit, ajoutant qu'il avait été "jusqu'au bout dans l'incertitude de pouvoir partir". Ses conditions de détention étaient au départ "un peu compliquées" mais "à partir du moment où M. Macron a annoncé qu'il demandait ma libération, il y a eu des changements", a-t-il dit. "Les gardiens ont commencé à comprendre que je n'étais pas un terroriste, que les faits qui m'étaient reprochés n'étaient pas forcément vrais". En prison "j'ai été bien traité, j'avais de quoi manger, les gardiens étaient à ma disposition", a-t-il ajouté.

Le reporter indépendant de 27 ans, accusé par Ankara d'appartenance à "une organisation terroriste armée", est sous le coup d'une mesure d'expulsion.

Son avocat français Martin Pradel a quitté Sirnak, ville du sud-est de la Turquie où il était resté détenu 51 jours, pour se rendre à Diyarbakir, et ensuite gagner Istanbul, puis Paris.

Le père du reporter, Loïc Bureau, installé près de Nantes, s'est rendu à Paris dès samedi.

Cette libération, intervenue dans la foulée d'une visite du chef de la diplomatie Jean-Yves Le Drian à Ankara, est "un grand soulagement", s'était réjoui Emmanuel Macron. Fin août le président français avait demandé sa libération rapide à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan.

L'avocat Martin Pradel indique que les uns et les autres ont plaidé pour faire comprendre aux autorités turques "tout le tort qu'elles se faisaient en persistant à emprisonner un journaliste français ".

Le journaliste avait été interpellé le 26 juillet à la frontière turco-irakienne, après la découverte en sa possession de photos le montrant en compagnie de combattants kurdes syriens des YPG (mouvement considéré comme une émanation du PKK et donc comme "terroriste" par Ankara). Ces images datent, selon sa défense, d'un reportage sur les conditions de vie des populations syriennes réalisé en 2013 et diffusé sur TV5 Monde.

Loup Bureau risque une condamnation

"Tout a basculé au milieu de la semaine dernière avec l'acte d'accusation et la fixation d'une audience", a expliqué Me Pradel, le dossier étant alors transféré à un juge. Le juge a voulu recevoir Loup et a immédiatement statué sur la question de sa libération, alors que par ailleurs l'enquête se poursuit.

Loup Bureau a toujours au-dessus de lui un risque de condamnation, une condamnation extrêmement grave puisqu'il est poursuivi pour activités terroristes.

La Turquie, ce tombeau de la liberté des journalistes

La Turquie occupe la 155e place sur 180 au classement 2017 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, une situation qui s'est particulièrement dégradée depuis le coup d'Etat raté de juillet 2016. Quelque 170 journalistes sont détenus dans le pays, selon le site spécialisé P24. Les journalistes turcs sont de loin les plus touchés, mais leurs confrères étrangers ne sont pas épargnés.

En mai, Mathias Depardon, un photojournaliste français, était lui aussi arrêté dans le sud-est de la Turquie, soupçonné de "propagande terroriste" pour le compte du PKK pour avoir diffusé sur les réseaux sociaux des photos prises lors d'un reportage. Il avait été expulsé après un mois de détention et une importante mobilisation.

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