Une série documentaire (6x1h30mn) proposée par Daniel Leconte.

À travers l’exemple de six pays, cette collection s’attache à sonder la démocratie en mouvement ou en construction . Outre la France, plus de vingt pays changeront d’équipe dirigeante en 2012. Parce qu’une élection nationale est toujours une épreuve de vérité, cette collection s’emploie à dégager les enjeux politiques dans six pays – Tunisie, Russie, Turquie, Grèce, États-Unis et Maroc – et à suivre l’émergence des nouvelles démocraties en revisitant les anciennes.

Ébranlé par des manifestations de grande ampleur, l’homme fort de la Russie, Vladimir Poutine, parviendra-t-il à remporter la présidentielle de mars 2012 ? Immersion avec Daniel Leconte au cœur d’une société qui sort de sa torpeur pour dénoncer la corruption et les inégalités.

La jeunesse poutiniste
La jeunesse poutiniste © DOC EN STOCK

Merci d'avoir dit à notre gouvernement de minables que nous existons, que nos voix comptent..

Ces propos, tenus parAlexeï Navalny, le plus connu des blogueurs russes , retranscrivent la colère et la détermination des dizaines de milliers de manifestants qui se sont pressés dans les rues de Moscou pour demander des élections libres et l'annulation des résultats des législatives du 4 décembre dernier, remportées par le parti au pouvoir. Ce grand mouvement de contestation, inimaginable il y a encore quelques mois, sonnera-t-il le glas de l'ère Poutine ?

M. Alexeï Navalny.
M. Alexeï Navalny. © DOC EN STOCK

Corruption massive

Après la Tunisie, ce deuxième numéro de la collection "I love democracy" nous entraîne dans un road movie à travers la Russie, de Vladivostok à Moscou en passant par Khabarovsk, Irkoutsk et Novossibirsk . Un voyage de plus de 9 000 kilomètres ponctué de rencontres avec des représentants de la société civile qui refusent les diktats du pouvoir et s'insurgent contre la corruption massive. De jeunes entrepreneurs qui n'en peuvent plus d'être "étranglés" par Moscou, des mères en grève de la faim pour obtenir des écoles pour leurs enfants, ou des survivants du goulag fous de rage devant les affiches du Parti communiste (seconde force politique du pays) représentant Staline... : qu'ils soient militants ou simples citoyens, ils forment désormais les bataillons de manifestants qui réclament plus de démocratie. La plupart d'entre eux appartiennent à la classe moyenne, en plein essor. Mais les fers de lance de la contestation, ce sont les jeunes de moins de 30 ans, qui n'ont pas connu l'URSS et qui rêvent d'une "démocratie 2.0", moderne et ouverte sur le monde.

Bureau de vote à Novossibirs
Bureau de vote à Novossibirs © DOCK EN STOCK

À Moscou, où se poursuit le voyage, des leaders de l'opposition, dont Edouard Limonov , candidat à la présidentielle, des proches du pouvoir comme Andrei Vorobiev (chef des députés Russie unie à la Douma), ou des intellectuels comme Pavel Lounguine s'expriment dans des interviews exclusives. Quel sera l'avenir de ce réveil protestataire ? Le scrutin présidentiel a-t-il une chance de se dérouler dans la légalité, sans bourrages des urnes ni fraudes en tout genre ? Vladimir Poutine se maintiendra-t-il au pouvoir en ouvrant le dialogue avec l'opposition ?

M. Pavel et M. Limonov
M. Pavel et M. Limonov © DOCK EN STOCK

Rencontre avec Daniel Leconte, créateur de la collection.

Quel est l’intérêt d’un I love democracy en Russie aujourd’hui ? Au départ, l’intérêt, c’était les élections. Et à travers les élections, c’était de mesurer l’état dans lequel se trouvait la démocratie sous Poutine. La réalité a dépassé nos espérances. Au moment même où nous avons commencé à tourner, nous sommes tombés dans un pays en ébullition. Entre le moment où nous avons commencé et la fin du montage, nous avons assisté à tout : les attentes de la société russe avant le vote, les fraudes électorales, les grandes manifestations de rues à Moscou, l’émergence d’une opposition crédible et qui sait ? à la naissance de l’alternative au système Poutine. C’était passionnant ! Comme dans le film précédent sur la Tunisie, nous avions l’impression d’assister à l’histoire en marche. Non pas à un évènement important mais au réveil démocratique d’un pays. C’est un privilège de vivre des moments comme ceux-là !

Entrée d'une bibliothèque
Entrée d'une bibliothèque © DOCK EN STOCK

Pensez-vous, à la veille des élections présidentielles du 4 mars que le « moment » Poutine est passé ? Je ne sais pas si le « moment Poutine » est passé, cela dépendra en partie du score de Poutine le 4 mars et de celui de l’opposition. Sera-t-il contraint à un deuxième tour ? L’opposition très hétéroclite saura-t-elle faire taire ses divergences pour s’entendre ? C’est une des données du problème. L’autre, dépendra aussi de la capacité de Poutine en cas de mauvais score à négocier, à faire preuve de souplesse et d’esprit pluraliste, en gros faire l’inverse de ce qu’il a fait jusqu’à maintenant. S’il le fait et réussit ce passage alors on sera toujours dans le « moment Poutine » dans le « Poutine 2 », c'est-à-dire le réformateur. Sinon, s’il se montre incapable de gérer en douceur cette poussée démocratique en Russie, on risquera l’inverse, c’est une crispation encore plus autoritaire que celle qu’on a connu. La Russie pourrait alors entrer dans la zone des tempêtes. Et l’histoire nous a appris que ce n’est jamais bon. Ni pour la Russie ni pour le reste du monde…

Lac Irkoust
Lac Irkoust © Radio France

Comment s'articulent en général I love democracy ? Chaque film est conçu comme un carnet de route : l'idée est de cheminer à travers le pays, de la périphérie vers le centre, c'est-à-dire la capitale, pour rencontrer les populations avant les décideurs et éviter ainsi le prêt-à-penser facile. Pour ce numéro, nous avons traversé la Russie d’est en ouest : de Vladivostok à Moscou, en passant par des villes comme Khabarovsk, Irkoutsk, Novossibirsk. C'est une démarche nécessaire pour se laisser surprendre, bousculer, et même pour prendre le risque de se voir contrarié dans ses convictions. C'est comme cela, je crois, que l'on peut saisir les tendances de fond. La réalité est surprenante lorsque l'on se libère des idées préconçues. Et n’est intéressante qu’à cette condition.

Comment est née l'idée de I love democracy ? En 2012, une vingtaine de pays vont changer d'équipe dirigeante. Ces élections vont donc changer le visage du monde, c’est une première raison. La seconde, c'est que depuis la chute du mur de Berlin, l'événement le plus incontestable à l'échelle mondiale a été l'expansion de la démocratie. Or, on parle de démocratie, on la critique sans réserve, mais on oublie très souvent de rappeler cette évidence que, partout sur la planète, les peuples la plébiscitent tous les jours. Nos sociétés démocratiques ont un caractère anxiogène qui pousse à broyer du noir chez nous et à regarder avec une grande indulgence des sociétés moins libres que les nôtres. En montrant comment la démocratie se cherche partout dans le monde, en montrant comment elle progresse, on veut prendre un peu le temps de réaliser le chemin parcouru et savourer la liberté des peuples. Propos recueillis par Thomas Vitry

La place rouge à Moscou
La place rouge à Moscou © DOC EN STOCK
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