Les assassins chamarrés Il ne faut pas tout dire devant les enfants. Vous vous souvenez de Paul Wolfowitz, l’ancien président de la Banque mondiale, obligé de démissionner suite à une affaire de népotisme ayant suivi une poisseuse affaire de sexe ? Mais oui, sa maîtresse qu’il rémunérait 200000 dollars par an, à la Banque mondiale, la banque du sous-développement... Le type qui crachait dans sa main avant de passer celle-ci dans ses cheveux et de se coiffer ? Allons, le type qui était secrétaire adjoint à la défense sous les ordes de Rumsfeld dans le gouvernement Bush... Qui cherchait désespérement des armes de destruction massive en Irak... et qui, lorsque fut bidonnée, avec ce misérable Colin Powell brandissant une éprouvette soit-disant pleine d’anthrax à l’Onu, la preuve de l’existence des armes de destruction massive, et que les Etats-Unis purent enfin intervenir en Irak au prétexte de la présence des dites armes, eut ce mot merveilleux : « ce mensonge était une simple question administrative ». On avait besoin d’un tampon, puisque l’Onu ne donnait pas son aval, pour intervenir en Irak, n’importe quel tampon. 100000 morts et deux millions de réfugiés plus tard, plus que la bave pour gominer ses cheveux, c’est le juridisme de Wolfowitz qui est répugnant. « Simple question administrative... » Au moment où Bush, dans ses mémoires, vient de reconnaître que toute cette affaire d’armes de destruction massive était fabriquée, les bonnes consciences administratives, bureaucratiques, de la politique et des affaires étrangères, et nombre d’intellectuels s’alarment de la dictature de la transparence et du fascisme de Wikileads. Wikileads a fait passer cette vidéo où l’on voit un hélicoptère américain massacrer un groupe de civils dont deux journalistes de Reuter. Rien que pour ça, Wikileads mérite non seulement d’exister mais d’être salué. Wikileads vient de transférer à de grands journaux de multiples informations sur les affaires étrangères américaines. Les journaux (le Monde par exemple) les ont triées et conscienscieusement vérifiées avant de les divulguer. « On connaissait tout ça ! » glapit le chœur des pleureuses anti-Wikileads. Alors, si vous saviez, pas la peine d’en faire un fromage, d’accord ? Mais le chœur des pleureuses hurle au fascisme de la transparence, au maoisme de Wikileads, qui impose de tout voir et de tout savoir. Et d’en appeler à Orwell. Cette obsession du tout dire et du tout savoir, du projecteur perpétuellement allumé et braqué sur les prisonniers est en effet fasciste. Comme est fasciste la présence perpétuelle des caméras de surveillance. Sauf que Wikileads n’a jamais prétendu tout révéler et tout donner, jamais. Ca, c’est un fantasme des obsédés du complot que sont devenus les anti-complotistes, les paranoïaques qui dénonçant partout les complotistes sont aussi malades que ceux qui dénoncent partout l’antisémitisme ou l’antiislamisme. Wikileads met la main sur un certain nombre de mensonges, c’est tout. J’ai envie de savoir sur Karachi, et si Wikileads me donne l’info que cachent les politiques ou les juges ou les deux, tant mieux. Wikileads fait du boulot de mauvais journaliste ? Pas sûr. Wikileads travaille avec les journaux. Wikileads est fasciste parce qu’il ne faut pas tout savoir ? OK. « La langue est fasciste » disait Roland Barthes, ce qui n’est pas une raison pour se taire. Qui a intérêt à ce qu’on ne sache pas, sinon le pouvoir ? Védrine a eu cette phrase merveilleuse : « On ne peut pas tout dire devant les enfants. » Voila la clef de l’histoire. Les citoyens sont des enfants. Si on leur dit tout, ils vont s’affoler. Si on leur dit que l’Irlande ne remboursera jamais, ce qui est vrai, et que la Grèce ne remboursera jamais, ce qui est vrai aussi, ils vont avoir peur. Il ne faut pas faire peur aux enfants. Le mensonge sert les parents, le pouvoir, les puissants, et toujours le pouvoir se drape dans le mensonge et le mystère. « A chaque aube des assassins chamarrés se glissent dans une cellule : le meurtre est la question » (Albert Camus, L’homme révolté). Wolfowitz relève de ces assassins chamarrés. Son poste à la banque mondiale, c’est de notoriété publique, a été échangé avec celui de Pascal Lamy à l’OMC. Comme ça les agace, tous ces puissants, ces Védrine, ces Volfowitz et tous ces « experts » ou « intellos » dont la pseudo-science est simplement faite de mystère et de magie, de ne pouvoir parfaitement manipuler l’information, qu’elle ne puisse passer par eux ou leurs journalistes apointés. Wikileads n’a jamais prétendu s’intéresser à tout, encore moins tout dire, ça c’est un fantasme de ganache chamarrée, d’expert emplumé de sa rhétorique absconse ou d’ex ministre des affaires étrangères imbu de ses petits fours fourrés aux petits secrets. A propos de secret, cet ex ministre des affaires étrangères, ricanait que Wilson s’était trompé et que la « diplomatie secrète n’avait pas engendré la guerre de 14 ». Et alors ? elle l’a sans doute empêché, la guerre de 14, la diplomatie secrète ? Que cette remarque est stupide ! Je voudrais savoir pourquoi Falcone est en prison depuis dix ans, persécuté par la justice, sans rien, sans aucun commencement de preuve de rien, pendant que Pasqua nous fait des bras d’honneur. Heureusement, la plupart des journalistes ont réagi en faveur de Wikileads, car ils ont fait du bon travail de journaliste avec ces sources volées. Volées ? Horreur ! Ah oui ? Il vaut mieux Powell-la-honte et son éprouvette d’anthrax ? Quelle arme utiliser contre ceux qui n’utilisent que le mensonge ? « Les citoyens sont des enfants »... c’est ça la conception de la démocratie des puissants ? Il y a encore des gens qui votent après des phrases pareilles ?

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