La valse-hésitation autour d’un contrat d’assurance vie à 253 millions d’euros

Au cours de leurs investigations, les enquêteurs de la Brigade financière s’intéressent tout particulièrement à un épisode intrigant.

Le 21 mars 2003, Liliane Bettencourt adresse un courrier à la société CARDIF désignant François-Marie Banier comme le bénéficiaire d’un contrat d’assurance-vie de 253 millions d’euros.

Or, constatent les enquêteurs, « le 1er avril [2003], Madame Bettencourt faisait parvenir un nouveau courrier annulant cette décision. Elle adressait ensuite un courrier, daté du 20 mai 2003, confirmant cette désignation. »

Même si les enquêteurs notent que François-Marie Banier est un « bénéficiaire (non acceptant pour l’instant) » de ce contrat d’assurance-vie , comment expliquer un tel revirement ?

Les enquêteurs font le lien avec l’hospitalisation de Liliane Bettencourt , au sein du service des maladies infectieuses de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, du 11 au 14 mars 2003, juste avant cet envoi de courriers contradictoires.

La Brigade financière relève l’ « état de fragilité physique important » de Liliane Bettencourt à cette époque .

Citant le témoignage de l’ancienne comptable Claire Thibout, les enquêteurs écrivent qu’ « à cette époque (mars-avril 2003) » Liliane Bettencourt était « suivie par le docteur Lablanchy, psychiatre, lequel lui avait prescrit des antidépresseurs (RIVOTRIL) et des somnifères. Selon ses dires, « ce traitement lui avait fait énormément d’effet. On aurait dit un zombie. Elle était un peu hagarde. Elle ne pouvait plus signer. Elle avait des problèmes d’équilibre. »

Par la suite, l’héritière de l’Oréal sera hospitalisée au sein du service de chirurgie viscérale endocrinienne de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, du 26 mai au 7 juin 2003, « confortant de facto, selon les enquêteurs, la réalité d’une période difficile pour elle sur le plan physique. »

### Un contrat d’assurance-vie à 262 millions d’euros rédigé à un moment « surprenant »

Autre sujet d’étonnement pour la Brigade financière : la modification d’un autre contrat d’assurance-vie de 262 millions d’euros au profit de François-Marie Banier.

« Il était particulièrement surprenant de constater que Madame Bettencourt Liliane ait décidé, le 14 septembre 2006, de modifier les clauses bénéficiaires du contrat d’assurance-vie ARCALIS (262 millions d’euros) au profit de Monsieur Banier , accepté par lui (rendant de facto une modification du bénéficiaire impossible) à une époque où toutes les personnes entendues dans le cadre de cette enquête avaient constaté qu’elle se trouvait dans un état physique délicat, caractérisé par une désorientation spatio-temporelle, des pertes de mémoires, un état confus et des troubles de comportement. »

Outre le moment, les enquêteurs semblent aussi s’interroger sur la réalité de l’échange épistolaire entre Liliane Bettencourt et François-Marie Banier, concernant ce contrat d’assurance-vie :

« Il était également surprenant de relever dans les documents relatifs à ce contrat, écrit la Brigade financière, que les courriers portant changement de bénéficiaire et acceptation par Monsieur Banier avaient tous les deux été adressés en date du 14 septembre 2006, et tous les deux placés dans des enveloppes rédigées de la même écriture. »

Pour sa défense, François-Marie Banier explique devant les enquêteurs, le 24 septembre 2007, « que les contrats d’assurance-vie dont il avait été bénéficiaire (…) l’avaient été en 1997-1998 (…) mais qu’il n’avait eu connaissance de ces affectations qu’en 2003, Madame Bettencourt insistant alors pour qu’il les accepte . »

Un déplacement au Maroc « incongru »

Le rapport fait également allusion à un déplacement à Marrakech de Liliane Bettencourt, en avril 2007, en compagnie de François-Marie Banier, « peut-être pour acheter un riad ».

« Or, à cette date, écrivent les enquêteurs, sa fille [Françoise Bettencourt-Meyers] subissait une importante intervention chirurgicale à Paris, et il était convenu qu’elle reste auprès d’elle. Ce déplacement au Maroc apparaissait donc incongru. »

La Brigade financière relève que « c’est également à cette période que Monsieur Martin Le Barrois d’Orgeval [le compagnon de François-Marie Banier] avait bénéficié d’une donation de Madame Bettencourt portant sur les sommes de 478 602 euros et 756 000 dollars US ».

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