Le groupe Etat Islamique a revendiqué l'attentat de Nice. Le tueur n'a pas le profil d'un djihadiste. Selon le ministère de l'intérieur, il se serait "radicalisé très rapidement".

Le domicile de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, auteur de l'attentat de Nice jeudi
Le domicile de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, auteur de l'attentat de Nice jeudi © Maxppp / Franz Chavaroche

Selon les autorités françaises, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un Tunisien de 31 ans, a délibérément lancé son camion sur la foule venue assister au feu d'artifice du 14 juillet sur la Promenade des Anglais à Nice jeudi soir"Il semble" que l'auteur de l'attentat de Nice se soit "radicalisé très rapidement", a déclaré samedi le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, évoquant "un attentat d'un type nouveau" qui "montre l'extrême difficulté de la lutte antiterroriste".

Un tueur inconnu des services de renseignement

Bernard Cazeneuve a souligné le fait que le tueur "n'était pas connu des services de renseignement". Vendredi, le procureur de Paris, François Molins, avait déclaré que Mohamed Lahouaiej-Bouhlel "n'avait jamais fait l'objet de la moindre fiche ni du moindre signalement de radicalisation".

Il était en revanche connu de la justice pour des "faits de menaces, violences, vols et dégradations commis entre 2010 et 2016". Mohamed Lahouaiej-Bouhlel est décrit depuis plusieurs jours par son voisinage et ses proches comme un homme violent, adepte du sport et fragile psychologiquement. Mais il ne présente pas le visage d'un jihadiste chevronné.

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Par Mathilde Lemaire

Une attaque préparée depuis plusieurs jours

Quatre jours avant l'attentat, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, chauffeur-livreur de 31 ans loue un poids lourd à Saint-Laurent du Var, à côté de Nice, camion réservé le 4 juillet. Les 12 et 13 juillet, il repère les lieux avec ce véhicule, selon une source proche du dossier. Ces repérages, le choix du lieu et l'heure de l'attaque laissent peu de doute sur son intention de faire le maximum de victimes : lorsqu'il a lancé le 19 tonnes sur la promenade des Anglais, quelque 30.000 personnes s'étaient réunies pour assister au feu d'artifice du 14 juillet.

Le jour de l'attentat, le tueur a téléphoné à ses proches et envoyé une photo de lui au milieu de la foule à Nice, sur laquelle il semble "très heureux", a dit dimanche son frère à l'agence Reuters : "Il a dit qu'il était à Nice avec ses amis européens pour célébrer la fête nationale". Sur la photo, il apparaît "très heureux et content, il riait".

La recherche des complices

Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a-t-il agi seul ? Dans les SMS retrouvés dans son téléphone, le tueur se félicite peu avant l'attaque de s'être procuré le pistolet 7.65 qu'il utilisera plus tard contre des policiers, avant d'être abattu, et évoque la fourniture d'autres armes. Plus de 200 enquêteurs de la Direction centrale de la police judiciaire sont mobilisés pour "identifier l'ensemble des destinataires" des messages.

Quatre membres de l'entourage de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel ont été interpellés et placés en grade à vue vendredi et samedi matin. Son ex-épouse a elle aussi été placée en garde à vue vendredi, a été relâchée dimanche. Deux nouvelles personnes ont été interpellées à Nice dimanche, portant à sept le nombre de personnes arrêtées. Il s'agit de deux Albanais, un homme et une femme, soupçonnés d'avoir apporté une aide logistique à Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Une des gardes à vue a été levée dans la nuit de dimanche à lundi. Trois des six personnes toujours en garde à vue ont été transférées à Levallois-Perret, près de Paris, pour être interrogées dans les locaux de Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

L'attaque revendiquée par l'Etat Islamique

L'agence Amaq, liée au groupe Etat Islamique, a affirmé samedi 16 juillet dans un communiqué que "L'auteur de l'opération (...) menée à Nice en France est un soldat de l'Etat islamique. Il a exécuté l'opération en réponse aux appels lancés pour prendre pour cible les ressortissants des pays de la coalition qui combat l'EI".

L'agence Amaq est le canal de communication habituel de l'Etat Islamique pour revendiquer des attentats. L'appel à tuer des citoyens des pays qui combattent l'Etat Islamique avait été relancé au mois de mai 2015. L'organisation exhortait alors ses sympathisants à ne plus partir en Syrie, mais plutôt d'attaquer "sur place, là où vous êtes".

Le bilan provisoire de l'attaque au camion de Nice, jeudi soir, est de 84 morts dont 10 enfants et adolescents mais il pourrait encore s'alourdir. Le pronostic vital de 18 blessés, dont un enfant, est engagé.

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