En mai dernier, chefs d'Etat et géants du numérique lançaient "l'Appel de Christchurch" contre la diffusion du terrorisme en ligne. Mais cela n'a pas empêché plus de 2.000 personnes de visionner l'attaque de Halle en Allemagne, ce mercredi. Pour les experts, la maîtrise de telles images reste très compliquée.

L'auteur de l'attentat de Halle s'est filmé et a diffusé l'attaque en ligne.
L'auteur de l'attentat de Halle s'est filmé et a diffusé l'attaque en ligne. © Maxppp / ANDREAS SPLETT

Un homme lourdement armé qui ouvre le feu en pleine rue, tente de pénétrer à l'intérieur d'une synagogue puis tire sur un homme dans un restaurant kebab : la vidéo de l'attaque de Halle, qui a fait deux morts en Allemagne, a été vue par environ 2 200 personnes, dont cinq en direct, sur Twitch, la plateforme spécialisée dans les jeux vidéo et l'e-sport.

"Nous avons fait au plus vite pour retirer ce contenu, et nous suspendrons tous les comptes qui posteront ou reposteront des images de cet acte abominable", a indiqué une porte-parole du site. 

Le mode opératoire rappelle en tout cas celui de l'attentat de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, en mars dernier, qui avait fait 51 morts dans deux mosquées. Le terroriste d’extrême droite avait diffusé pendant 17 minutes l'attaque sur Facebook Live. La firme américaine avait alors tenté de supprimer la vidéo. "Ils l'ont enlevée 1,5 million de fois", rappelait la Première ministre néo-zélandaise Jacinda Arden. "Durant les premières 24 heures, elle a été remise en ligne sur YouTube chaque seconde"

Un appel contre le "terrorisme en ligne"

Deux mois après l'attaque en Nouvelle-Zélande, 26 chefs d'Etat et responsables de géants du numérique comme Facebook ou Google lançaient "l'Appel de Christchurch". L'objectif étant de mettre en place des systèmes permettant de supprimer ces contenus le plus rapidement possible.

Depuis, on le voit avec l'attaque de Halle, il est toujours aussi difficile de maîtriser la diffusion de telles images

"Techniquement, on est incapable d'identifier avec des intelligences artificielles que le contenu en cours de diffusion est une attaque terroriste", explique Guillaume Champeau, directeur de l'éthique et des affaires juridiques du moteur de recherche Qwant._"Le vrai défi technologique, c'est de créer un algorithme qui permette de distinguer la réalité des jeux vidéos"_

"Les plateformes sont dans une logique de réaction"  

Pour Nicolas Arpagian, expert en cybersécurité et auteur d'un ouvrage sur le sujet aux éditions PUF, la création d'un tel algorithme n'est pas forcément la meilleure solution car cela reste une technique très difficile à mettre en place. "Les plateformes sont davantage dans une logique de réaction. C'est-à-dire que dès lors que le contenu est signalé il faut une procédure interne pour que le compte soit bloqué et que la vidéo ne reste pas accessible pour éviter les duplications multiples", explique-t-il. 

Des plateformes réticentes

Alors faut-il imposer un léger différé aux vidéos diffusées en ligne pour laisser le temps de les contrôler ? "Cela incite à avoir une réflexion autour de la liberté d'expression", estime Guillaume Champeau. "En tout cas, ce n'est pas pour autant que l'on que l'on aura un algorithme capable de distinguer une attaque terroriste d'un jeu vidéo car ce sont les mêmes bruits, les mêmes images. Le renseignement humain, c'est la meilleure solution et c'est celle vers laquelle on se dirige."

Mais pour cela il faut des moyens, et cela va parfois à l'encontre de l'ADN des plateformes, selon Nicolas Arpagian : "Le recrutement de personnel et l'intégration d'un filtrage éditorial ne correspondent pas pour la plupart d'entre elles à leur modèle économique d'origine. Elles rechignent à surinvestir ce champ là et souhaitent se protéger en invoquant leur statut d'hébergeur, qui fait que leur responsabilité est relative. Les plateformes tentent donc de faire bonne figure médiatiquement mais elles rechignent à consacrer des moyens conséquents car cela vient affecter leur profitabilité"

Dans le cas de l'attaque de Halle, le site Twitch indique que la vidéo a ensuite été partagée "de manière coordonnée" par le biais de messageries tierces. Avec le phénomène de la duplication, les 35 minutes d'images pouvaient encore être visionnées ce jeudi sur certains sites ou forums

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