Au nom de la compétitivité Ceux qui ne font pas la guerre vont vous la faire faire, préparez-vous. Anecdote : un coach sportif arrive en Afrique noire. Il va faire des gamins d’une école des « gagneurs ». Et c’est parti pour le cent mètres ! Les dix petits ? Prêts ? partez ! Et ô surprise, tous les gosses arrivent en riant et en se tenant par la main. Ils n’avaient rien compris à la « concurrence » ni à la « compétition », ni au « dépassement », ni à « la lutte de tous contre tous », sans doute n’étaient-ils pas programmés pour ça, mais plutôt pour le jeu collectif, altruiste, tout aussi marrant que celui de la compétition. Le lendemain ils firent rôtir le coach et le bouffèrent (fin inventée, début authentique). En ce moment c’est le grand retour de la compétitivité. On n’est pas assez compétitifs. Suivez mon regard : toi, là-bas, le prolo, avec ton air soucieux, t’es pas compétitif. A défaut du pied au cul, qui, même la droite l’a compris, est contre-productif, on va te rendre compétitif en t’inventant une TVA sociale pour baisser d’autant les cotisations patronales. Et c’est là que se situe la merveilleuse histoire de Carlos Gohsn. Carlos Gohsn est le pape de la compétitivité. Formé à la rude école de Michelin, il passe du pneu à la carrosserie et à Renault en 2005, après avoir présidé Nissan. C’est un « cost killer ». Il coupe, taille, économise, redresse, harcèle et lutte. He’s a winner, pas comme ces loosers de Guyancourt qui dépriment. D’ailleurs c’est au centre de recherches de Guyancourt qu’on se suicide et qu’on trahit Renault en fricotant avec les chinois. Gohsn est-il nul, encore plus nul que Schweitzer, l’ex patron qui s’illustra brillamment à La Halde en torpillant une associations d’insertion ? L’année dernière, Gohsn fait 3.1 milliards d’euros de pertes malgré les primes à la casse et tous les subsides. Cette année il fait 3.3 milliards d’euros de profits ! waouh ! le mec ! ah, le cost-killer ! En fait, ces profits résultent d’une plus value exceptionnelle sur la vente de Volvo. (1) A part ça, Nissan fait des profits. Renault ? Rien. Oublié Renault. Sauf le succès de la Logan maquillée en Renault, totalement imprévu d’ailleurs, les ventes de Renault se sont effondrées. A Sandouville, Flins, Douai, on serre les fesses. Le cost-killer est tout simplement un adepte de l’entreprise sans usines, en tout cas sans usines en France. Renault a une petite chance : la voiture électrique. Gohsn y croit. Non parce qu’il est écolo, mais parce que les Chinois semblent s’y intéresser. Le problème avec les Chinois, c’est qu’après avoir tout inventé, ils copient tout. Et c’est là qu’arrive l’affaire d’espionnage. Les chinois ont-il commandité le vol des secrets du véhicule électrique Renault ? Tintin et Milou enquêtent. Trois cadres suspectés sont virés. C’est le déontologue de Renault (ça ne s’invente pas... Gohsn a aussi un astrologue, un podologue, un compétitivologue et un rumeurologue) qui lui met la puce à l’oreille. Renault ne prévient pas le contre-espionnage, enquête dans son coins pendant cinq mois. Les trois sont-ils coupables ? Les Chinois, spécialistes, outre de la brouette, du billard chinois, ont-ils monté de toutes pièces cette accusation pour déstabiliser Renault ? En attendant, Gohsn s’enfuit. Les ventes de modèles Renault ont plongé de 29% depuis son arrivée il y a cinq ans. Il raisonne à l’international, au grand dam des sites français. Et il a raison. Il est là pour le fric, pas pour donner de l’espoir à Billancourt. L’emploi (Gohsn est tout heureux d’annoncer 1200 CDI en France pour les années qui viennent est un produit joint pendant qu’il en supprime 3000 en Europe), un heureux bienfait collatéral, comme le chômage est un dégât collatéral. La compétitivité de la France, Gohsn s’en tape. Et il a encore raison. La compétitivité, c’est pas la France, l’Andorre ou le Bantoustan, c’est l’entreprise. Et l’entreprise est nationale par hasard : si elle doit s’installer en Chine pour faire des profits elle le fera. « La Chine ou la mort » dit ce patron allemand. Même les allemands se moquent de l’Allemagne. N’empêche que l’on demande aux nationaux de participer au combat de ceux qui méprisent les nationaux. C’est comme lorsqu’on exige des pacifistes qu’ils fassent la guerre. Le seul moyen de leur mettre un fusil dans les mains est de les exiter : les salauds sont la-bas. Mais comme on dit le contraire (les Chinois sont formidables, les Allemands sont formidables, c’est pas comme vous, paresseux, preneurs de RTT, jouisseurs des 35 heures) la seule solution est la culpabilité : c’est vous qui foutez la France en l’air, pas Goshn qui se bat contre les espions. C’est toi le pleutre, pas Luchaire, marchand, ou Krupp qui te fournit les armes. Barak Obama vient de choisir le patron de General Electric comme conseiller sur le chômage. C’est ainsi, camarades : ceux qui décident de votre vie sont aussi ceux qui n’en ont rien en faire, les marchands d’armes pour la vraie guerre, et de voitures ou autres objets pour son erzatz, tout aussi violent, la guerre économique. (1) L’Usine Nouvelle, 16/10/2010

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