Des mercenaires français au service des extrémistes hutus, donnant des ordres aux soldats

A plusieurs reprises, Ruggiu présente ces mercenaires comme un soutien des extrémistes hutus, notamment auprès d’Augustin Bizimungu, chef d’état-major de l’armée rwandaise, poursuivi pour « génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre » par le TPIR (la perpétuité a été requise en juin dernier contre lui), et Gratien Kabiligi, chef des opérations militaires à l’Etat-major de l’armée rwandaise, finalement acquitté par le TPIR, en décembre 2008.

« Ces militaires avaient travaillé avec les généraux Bizimungu et Kabiligi (…) ça devait manifestement être des gens qui étaient relativement haut placés , ce n’était pas des militaires qui étaient habitués à se mêler en soldat, même quand ils étaient au camp Kigali, ils donnaient des ordres aux soldats (…)je savais avec qui avaient travaillé ces gens là (…) ça n’était pas tout à fait n’importe quel militaire non plus . Ce n’était pas des petits soldats . »

« Ils ne circulaient qu’avec les généraux Kabiligi et Bizimungu (…) A part être au mess des officiers et dans le bureau de l’état-major, je ne les ai jamais vus ailleurs en ville »

« C’était des militaires , explique encore Ruggiu. Qu’est-ce qu’ils étaient venu faire ? Ça, ils étaient venus pour faire des opérations militaires. Ces quatre militaires français circulaient par groupe de deux, deux et deux. Etcirculaient la plupart du temps avec soit le général BIZIMUNGU, soit le général KABILIGIqui était également présent au camp Kigali. Ils partaient avec eux et circulaientdans des véhicules avec forte escorte et dans des véhicules camouflés . »

### Une protection rapprochée

Selon Ruggiu, alors que le rapport de force militaire s’est inversé entre les FAR et le FPR, ces mercenaires/militaires lui auraient proposé une protection rapprochée « vingt quatre heures sur vingt-quatre » :

« Ces militaires là ont dit (…) : Il vous faut avoir un soldat d’escorte vingt-quatre heures sur vingt-quatre , en permanence quelqu’un qui est avec vous, parce que maintenantla situation commence à devenir mauvaiseet il pourrait arriver quelque chose et vous devez avoir quelqu’un avec vous . »

Plus loin, il explique encore : « Quand je les ai rencontrés à Gisenyi, ils étaient sur le point du retour etils m’ont confié une personne pour me servir d’escorte , je dirais. Cette personne, pour me la confier, ils ont fait une lettre au camp Bigogwe . »

Des archives de la haine en lieu sûr

Avant de repartir pour Kigali, Georges Ruggiu explique encore avoir confié à ces hommes l’intégralité de ses archives de la Radio-télévision des mille collines, soit « trois à quatre mois de documentation sur les actes politiques et tous les écrits , et toutes les déclarations qui avaient été faites » en plus de sa « documentation personnelle. » « C’était toute une documentation sur tout ce qui concernait le Rwanda et l’évolution de la situation . Ça faisait deux caisses . Il y avait des papiers manuscrits, il y avait des photocopies, il y avait des fax, il y avait des bouquins . » :

« Je leur ai confié deux caisses de documents (…) parce qu’ils m’avaient mentionné qu’ils rentraient au Zaïre sur Gbadolite. Et à Gbadolite, il y avait quelqu’un que je connaissais, qui s’appelle Papias Ngaboyamahina (…) Je savais que Papias Ngaboyamahina avait été expulsé de Belgique et (…) qu’il s’était réfugié à Bagolite [Gbadolite]. Alors, je leur ai confié ces deux caisses de documents en leur disant « Vous donnez ces documents à ce monsieur là. Plus tard, je vais essayer de voir comment je peux entrer en contact avec lui pour les récupérer . »

Finalement, Georges Ruggiu explique qu’il ne remettra pas la main sur ces fameux documents.

Lire un extrait de 8 pages des déclarations de Georges Ruggiu où il évoque les « mercenaires français » (de la page 198 à la page 205)

Des entraînements commando

« Il y a une précision supplémentaire que je voudrais donner » à propos de ces « mercenaires qui parlent français », ajoute Georges Ruggiu. (…) [Lors de leur présence à Kigali], –parce qu’ils me l’ont dit ce jour-là au soir- (…) ils sont allés organiser des entraînements de militaires au camp Bigogwe. Et pas n’importe quel type d’entraînement, des entraînements de militaires CRAP (…) ça signifie commando de recherche et d’action en profondeur. Et le militaire qu’ils avaient assigné à mon escorte, pour lequel ils avaient demandé qu’on assigne à mon escorte, était une de ces personnes-là. Plus tard, le général Kabiligi décidera d’utiliser ces militaires à notre usage et affectera à mon escorte (…) un simple soldat. »

Lire la déclaration de Georges Ruggiu sur les entraînements commando (p.11 et 12)

Soldat - Rwanda
Soldat - Rwanda © T.J. Kirkpatrick/Reuters
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