[scald=65217:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Une affiche de la dernière campagne-choc de Benetton montrant le pape embrassant sur la bouche l'imam de la mosquée égyptienne Al-Azhar, retirée face à la pression du Vatican, a provoqué un certain émoi dans la communauté catholique française.

"Depuis hier (mercredi) soir, moi j'ai énormément de réactions de personnes modestes, de personnes qui ne comprennent pas", a déclaré jeudi sur RTL Bernard Podvin, porte-parole de la conférence des évêques de France.

"Je suis triste. Je ne suis pas seulement triste envers l'image du Pape. Je suis triste envers l'image de tous les dirigeants parce que pour moi c'est un problème d'autorité," a-t-il ajouté, estimant que cette campagne avait "inutilement blessé".

Les représentants de la communauté musulmane sont pour leur part restés plus discrets sur le sujet.

Abdallah Zekri, président de l'observatoire des actes islamophobes au Conseil français du culte musulman (CFCM), dit avoir a reçu une quinzaine d'appels de musulmans offensés depuis mercredi. Et s'il regrette une "provocation gratuite", il estime que l'émoi n'est pas aussi grand chez les musulmans que chez les catholiques.

Pour Abderrahmane Dahmane, conseiller de la Grande Mosquée de Paris, "les musulmans ont compris le geste".

"Je ne pense pas que ça donné dans la communauté une espèce d'effervescence parce qu'il y a une grande différence entre s'embrasser et caricaturer un prophète avec des bombes", a-t-il dit, faisant référence aux caricatures danoises de Mahomet publiées en 2006 par Charlie Hebdo, et qui avaient déclenché de nombreuses manifestations dans le monde arabe, faisant au moins 50 morts.

CHRSTINE BOUTIN APPELLE AU BOYCOTT

Benetton s'est déclaré "désolé que l'utilisation de l'image du pape et de l'imam ait offensé ainsi la sensibilité des fidèles", annonçant son retrait immédiat mercredi soir. La campagne, a expliqué la société, vise "exclusivement à combattre la culture de la haine sous toutes ses formes".

Mais l'argument ne convainc pas les croyants.

"On est habitué à ces arguments qui sont prétendus réconciliateurs, on est habitué aussi à ces excuses et qui sont faites par hasard à 20h pour que toutes opinions en soient témoins. Et comme ça, ça fait du buzz. Bravo le buzz est réussi mais on a blessé", a déclaré Bernard Podvin sur RTL.

Pour Abdallah Zekri, c'est "une bonne chose" de vouloir envoyer un message de paix. "Mais dans ce cas, on aurait pu montrer le pape et l'imam avec des colombes dans la main", a-t-il dit. "Je veux des messages de paix qui portent, et non pas des messages provocants".

La présidente du Parti chrétien-démocrate (PCD), Christine Boutin, candidate à l'élection présidentielle de 2012, a appelé jeudi au boycott de la marque de prêt-à-porter italien.

"Je propose à ceux qui sont choqués par cette affiche de dire 'non' et de ne plus aller s'acheter des vêtements chez Benetton", a-t-elle déclaré sur i> télé, ajoutant qu'elle allait rapporter à l'enseigne deux robes qu'elle venait d'acheter. "On ne peut pas jouer avec les religions".

Le fabricant italien de prêt-à-porter, connu pour ses campagnes publicitaires provocantes, a annoncé mercredi soir le retrait du photomontage.

Malgré le retrait de l'affiche incriminée, le Vatican a ordonné jeudi à ses avocats d'engager toutes les mesures légales nécessaires pour bloquer sa diffusion.

Sur le modèle de celle du pape, d'autres affiches montrent le président américain Barack Obama embrassant son homologue vénézuélien Hugo Chavez, ou la chancelière allemande Angela Merkel dans la même situation avec le président français Nicolas Sarkozy.

Chine Labbé, édité par Patrick Vignal

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