Toulouse, rouge comme Bensaïd Adios Bensa, vieux révolutionnaire, adios, tiens une petite musique espagnole pour accompagner ton cerceuil : A las Barricadas! A las Barricadas! por el triunfo de la Confederacion. Pas très sympa de chanter un chant anar à un Trots... Mais voir des Trots causer Révolution avec des Anars sera toujours un vrai bonheur (« Et Cronstadt, connard, tu veux mon poing sur la gueule ? ») Toulouse-la-rouge fut aussi Toulouse-la-noire. Jusques dans les années 70, les espagnols étaient convaincus que s’y cachaient des camps d’entraînement de guerrilleros... Au bord d’Azf, les parents de Bensaïd, juifs pieds-noirs, tenaient « le Bar des amis », fréquenté par des mal-pensants. Bensaïd est parti à Paris en 1964. Normale Sup. Comités Vietnam, Ligue communiste révolutionnaire, Nouveau parti anticapitaliste, viva la revolucion ! Le café le Florida. Le Lycée Pierre de Fermat. Les flics y tabassent rudement en 68. A Fermat enseignait Raymond Badiou, le père d’Alain, le dernier des communistes. Raymond Badiou, ancien maire de Toulouse, grand résistant, le seul cacique de la SFIO à avoir démissionné suite à la prise en charge de la guerre d’Algérie par les Lacoste et Guy Mollet... Austère prof de Math spé. Disait qu’il avait eu un génie des maths comme un élève, un vrai génie, un type du niveau de Galois : Medhi Ben Barka. Les espagnols du foyer de la rue des Chalets... Les espagnols de la Casa El Mano (El Mano : l’Arragonais. Parlent sans cesse du siège de Saragosse)... Les espagnols de la place Wilson... Les espagnols d’Arnaud Bernard, quartier popu non loin de la fac : dans une piaule de vingt mètres carrés, malodorante, vit Ricardo Sanz, l’un des chefs historiques de l’anarchisme, responsable du front d’Aragon précisément, successeur de Durutti à la tête de la 26°division. Et comme, idiotement, je parle de son passé de « pistolero » : « Mais vraiment, Durruti, Ascaso, et vous... » il répond : « Nous étions une grande famille, nous vivions ensemble. Quand Ascaso est tué le 20 juillet 1936 lors de l’assaut de la caserne d’Atarazanas, je l’ai receuilli dans mes bras « encore chaud et sanglant ». En 1923, Ascaso avait assassiné le cardinal Soldevila. Ascaso et Sanz avaient débuté comme apprentis boulangers. Sanz, lui aussi membre des « solidarios », aimait à manier « la pistola ». Federica Montseny, ministre anarchiste du « Frente popular » vivait un peu plus loin. Quand le gouvernement de Felipe Gonzales décide de donner une retraite honorable aux anciens dignitaires de la République, Sanz refuse, évidemment. Les socialistes et les communistes acceptent. Un révolutionnaire ne passe pas de compromis. Rue Pargaminières, la Table ronde, restaurant complètement surréaliste, où l’on fait la révolution - très accessoirement - mais surtout piccole et se défonce, en attendant de devenir journaliste à Paris, ou éditeur pour les moins pires (s’y créent les Editions Verdier). Le sida n’existe pas encore, et les mœurs sont assez libres. Le jour de la mort de Franco, folle nuit. Les rues pleines de monde, partout on chante. A Toulouse on aime bien danser et chanter, des tablaos flamencos aux boites cubaines, parce que les nuits sont plus douces, plus longues et chaudes qu’ailleurs. Toulouse la rouge : deux générations de Baudis en ont atténué la couleur. Et la Révolution, hein ? La lutte des classes ? Le grand soir ? On commence révolutionnaire et on finit dans l’immobilier... Ou au Parti socialiste comme les fils d’immigrés espagnols. Et c’est bien. La « classe ouvrière derrière le parti armé », les masses soulevées, la grève générale insurectionnelle, tout ça c’est du mouvement de foule, de la populace énervée qui débouche sur des Massacres de Septembre ou des Nuits de Crystal, avec au bout des pouvoirs totalitaires. La catharsis par la grève générale et la violence (Georges Sorel), la transmutation du plomb des balles en l’or de la fraternité, dans le parfum de la poudre de perlimpinpin sexuelle, pipeau. Pipeau. Cronstadt et Makno d’un coté, Rosa Luxembourg collée au mur de l’autre, et Andrés Nin au milieu. Jamais les masses menées par un chef n’ont donnée autre chose que du sang. Et puis la vraie Révolution c’est le Pacs, le mariage des homos accepté, et bientôt l’adoption des enfants ; c’est le dernier sondage qui dit qu’une grande majorité des français ne rend plus responsable les immigrés du chômage. Et en Iran ? On laisse faire ? On attend les bras croisés que le fruit pourri tombe dans vingt générations ? Ou on manifeste, lutte, affronte les flics et les nervis en foule courageuse ? C’est vrai. C’est un argument. Contre la dictature, on n’a pas le choix : la lutte violente. Parfois les foules font chuter les murs – Berlin – parfois elles restent sur le carreau, à Mexico, place des Trois Cultures, à Tien An Men. Et en Palestine ? On laisse faire ? Ou on prend des pierres ? C’est pas pareil. Il ne faut pas confondre résistance et Révolution. Résister en France en 40 est évident, a permis à la France de survivre et laisse Eric Zemmour écrire dans le Figaro : « Vichy avait raison ». Mais ce n’est pas la masse, la foule qui a résisté à Vichy. La foule, elle a tondu. A résisté la petite minorité. « Agissante » me dirait Bensaïd avec un clin d’œil...

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