ségolène royal veut remettre de l'ordre à bercy
ségolène royal veut remettre de l'ordre à bercy © reuters

Le changement c'est maintenant et ca doit passer par Bercy. Voilà comment on pourrait résumer les critiques des derniers jours qui fusent sur le grand pôle économique du gouvernement. En 24 heures, Ségolène Royal, Bruno Le Roux et Laurent Fabius ont sous-entendu que le prochain remaniement ferait bien de se pencher sur le ministère de l'Economie.

Ségolène Royal veut le restructurer, Laurent Fabius affirmait hier qu'il n'avait pas de "patron": Bercy devient peu à peu la victime expiatoire face aux difficultés du gouvernement et à l'hypothèse d'un remaniement.Sur ce sujet-là aussi, la majorité s'écharpe, Cyril Graziani

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E Bercy sème le trouble à l'Assemblée

Au lendemain de la "restructuration" de "la vaste galaxie Bercy" réclamée par Ségolène Royal, l'attaque du ministre des Affaires étrangères semble rude contre celui qui y est statutairement dépositaire de l'autorité : le ministre de l'Economie et des Finances, Pierre Moscovici.

A mots à peine couverts, le commissaire général à l'Investissement, Louis Gallois, dont le nom est cité pour prendre les rênes de Bercy en cas de remaniement, n'avait déjà pas caché lundi à Berlin sa contrariété sur la manière dont est conduit le coeur du gouvernement économique de la France. A propos des mesures pour relancer la compétitivité des entreprises, il a affirmé: "Je pense que la communication sur ces mesures n'est pas assez agressive. Ces mesures ne sont pas très connues en France et sont totalement inconnues hors de France".

Interrogé sur ces attaques, Pierre Moscovici a dit ne pas s'intéresser "au casting, qui est patron, pas patron". "Ce qui m'intéresse avant tout, c'est l'action et quand je regarde ce que j'ai fait pendant un an dans ce ministère, j'en suis fier", a-t-il déclaré. Le ministre de l'Economie a également dit s'être "fait une règle de ne pas du tout commenter ce que font d'autres membres du gouvernement, de ne pas investir leur champ de compétence".

Pierre Moscovici, ministre de l'Economie

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S Moscovici RFI

Une source gouvernementale a néanmoins laissé entendre hier que l'expérience de Laurent Fabius justifiait qu'il se permette ce type de commentaire. "Peut-être que s'il n'y avait pas sept ministres à Bercy, la tâche serait moins compliquée pour le capitaine du paquebot !", remarque Jérôme Fourquet de l'Ifop. En effet, pas moins de quatre ministres et trois ministres délégués cohabitent aujourd'hui tant bien que mal à Bercy. L'exécutif le justifie volontiers par la nécessité d'une couverture plus fine de l'ensemble des secteurs.

Deux ministres et deux visions incompatibles

"Ca s'est compliqué depuis le départ de Jérôme Cahuzac, colonne vertébrale qui incarnait la politique économique du gouvernement", estime M. Fourquet. "Aujourd'hui, il y a un déficit d'incarnation avec deux rivaux sur des lignes politiques différentes, qui sont Arnaud Montebourg (ministre du Redressement productif) et Pierre Moscovici".

L'antagonisme des deux hommes est connu. La Banque publique d'investissement, PSA ou plus récemment le dossier Dailymotion : aucun des deux ne semble manquer une occasion de jeter une pierre dans le jardin de l'autre. Depuis que le scandale Cahuzac a fragilisé Pierre Moscovici, ce dernier "est devenu une cible pour nombre de ses rivaux, notamment ceux de la vieille garde du PS", estime Philippe Braud, professeur à Sciences Po.

"Et comme la politique de rigueur budgétaire qu'il incarne pèse lourd sur l'état actuel de désillusion de l'opinion publique, y compris à gauche, il constitue un bouc émissaire presque parfait", ajoute ce spécialiste. Ceci d'autant plus que les rumeurs de remaniement ministériel se précisent, rappellent les politologues, pour qui le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, lui-même sous le feu des critiques ces derniers mois, peut avoir intérêt à détourner l'attention ailleurs.

Jérôme Fourquet observe ainsi que Pierre Moscovici n'a "que des mauvaises nouvelles à annoncer" aux Français, dans une situation de crise économique installée. "C'est peut-être pour ça qu'aujourd'hui tous les tirs se dirigent sur lui, parce qu'il peut paraître affaibli et qu'on peut penser qu'on va dévier la foudre vers lui plutôt que vers soi", poursuit-il.

Mais le jeu est dangereux, note M. Braud. "Le jour où un grand remaniement sera à l'ordre du jour, il peut être tentant de pratiquer un exercice d'équilibriste en se passant des services de l'un (Moscovici) et de l'autre (Montebourg)", prévient-il.

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