Les collectivités locales manquent de liquidités

2012 année difficile pour les collectivités locales. Les régions, départements et villes bouclent pour la plupart leur budget pour la fin du mois et cette année elles doivent se serrer la ceinture. Avec des conséquences bien concrètes pour les habitants.

En cause : la très grande prudence des banques, échaudées par la crise de la dette et tenues de respecter de nouveaux critères de solvabilité. Il y a aussi la baisse des dotations de l'Etat et la faillite de Dexia, acteur essentiel du financement des collectivités.

L'agence de notation Standard&Poor's estime les besoins des collectivités à 18 à 20 milliards d'euros cette année, pour financer leurs investissements (elles n'ont pas le droit d'emprunter pour leur fonctionnement). L'Etat a débloqué 5 milliards d'euros via la Caisse des dépôts. Les banques se sont engagées, elles, à ouvrir le robinet du crédit pour une dizaine de milliards. Selon les estimations il manquait encore 3 à 10 milliards fin février.

Conséquence : les collectivités doivent réduire leurs investissements, alors qu'elles réalisent 70% de l'investissement public. Les routes, autoroutes, zones d'activités, écoles.

Théâtre de Béthune
Théâtre de Béthune © Radio France / Marion L'Hour

A Béthune les investissements sont divisés par deux cette année par rapport à 2011.

Par exemple, l'équipe municipale étudie en ce moment les grands travaux nécessaires pour le théâtre et ses 3500 abonnés. Pour agrandir la scène et moderniser les outils techniques, il faudrait 10 millions d'euros sur 4 ans. La proposition subit une analyse financière très rigoureuse et l'aval définitif doit être donné en mai. Les travaux commenceront donc en mai 2013 au plus tôt.

Xavier Duchâtelle, directeur du théâtre municipal

Quant à subventionner la réouverture d'un cinéma, pas la peine d'y songer. La ville n'en a pas les moyens.

Ailleurs les difficultés sont les mêmes : menace sur la construction de l'Institut universitaire du cancer à Toulouse, inquiétude pour la voirie à Issoudun, alors que des petites communes de Gironde doivent reporter leurs travaux sur les canalisations.

Autre conséquence de ces crédits réduits, les menaces sur l'emploi.

Les collectivités comptent pour 50% des commandes au secteur du BTP, des dizaines de PME sont donc fragilisées par les reports et les retards de paiement.

Le président de la Fédération nationale des travaux publics, Patrick Bernasconi, parle de 10 000 emplois menacés.

Témoignage du dirigeant d'une PME régionale qui vit en grande partie des marchés publics. Il souhaite garder l'anonymat.

Même quand les travaux ont bien lieu, les négociations sont donc très serrées avec les entreprises. A Béthune c'est le travail d'Alexandra Place, en charge des marchés publics.

Alexandra Place

Alors quelle réponse face à ces difficultés ?

Caisse d'épargne de Béthune
Caisse d'épargne de Béthune © Radio France / Marion L'Hour

Le très volontariste adjoint aux Finances, Yvon Bultel (PRG) l'affirme "nous ne pouvons compter que sur nous mêmes". La nouvelle banque des collectivités n'existe pas pour l'instant, quant aux fonds débloqués par l'Etat "nous n'en avons pas vu la couleur" affirme l'élu.

Certaines grosses villes comme Marseille ou des régions comme l'Ile-de-France et Rhône-Alpes se financent sur les marchés, grâce à des emprunts obligataires.

Pour les plus petites, comme Béthune il faut traquer les moindres dépenses et sources de revenu. Pas question d'augmenter les impôts locaux déjà élevés : 28% pour la taxe d'habitation. Taxe foncière deux fois supérieure à la moyenne départementale.

Pour éviter ça, la ville revoit en ce moment toutes ses factures d'électricité notamment.

La ville réduit son parc automobile, nommé aussi une Mme Subventions et créé un observatoire des impôts qui surveille de près les citoyens qui "oublieraient" de déclarer des travaux d'agrandissement chez eux.

"Il faut gérer la commune comme une entreprise" explique Yvon Bultel, l'adjoint aux Finances de Béthune.

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