Laetitia Sanguinetti :

Boulin etait devenu une cible

Laetitia Sanguinetti - boulin
Laetitia Sanguinetti - boulin © Benoît Collombat/RF
Le témoignage de Jean Charbonnel est confirmé par la fille d’Alexandre Sanguinetti, Laetitia Sanguinetti, qui a été l’attachée parlementaire de son père, mort le 9 octobre 1980.

Elle raconte comment 15 jours après la mort de Robert Boulin, son père parle d’un « assassinat » puis d’« une bavure ». Selon Laetitia Sanguinetti, Robert Boulin, « d’une intégrité totale », était devenu « une cible » car disposant d’informations sur un « réseau de fausses factures » et « de financement occulte » des partis politiques, dont le RPR.

Laetitia Sanguinetti

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Peu de temps après la mort de son père en 1980, Laetitia Sanguinetti raconte comment des « barbouzes du RPR » sont venus l’interroger pour savoir si elle détenait des « dossiers », notamment sur d’éventuelles « preuves écrites de l’assassinat » de Robert Boulin. Suivront alors plusieurs cambriolages à son domicile…

Laetitia Sanguinetti

Laetitia Sanguinetti se dit prête à témoigner devant la justice.

témoignage inédit

Un ex-policier du srpj de versailles :

Je ne peux plus croire au suicide

En octobre 1979, Jean-Pierre Courtel était inspecteur de police au groupe criminel du SRPJ de Versailles. L’homme est l’un des premiers policiers à se rendre sur place, à l’étang Rompu où gisait le corps de Robert Boulin , le 30 octobre au matin. Il assiste à la sortie du corps de l’eau par les sapeurs-pompiers, puis à l’autopsie du ministre à l’Institut médico-légal de Paris.

Entendu le 20 janvier 1984 dans les locaux du SRPJ de Versailles, en présence du commissaire Gilles Leclair, chef du groupe criminel (actuel coordinateur des services de sécurité intérieure en Corse), Jean-Pierre Courtel, alors inspecteur de police au SRPJ d’Ajaccio, affirme sur procès-verbal :

« Pour moi, certaines des excoriations présentes sur le visage de Monsieur Boulin étaient consécutives à la sortie du corps de l’eau par les pompiers. En effet, le visage a vraisemblablement « râpé » la berge ».

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Un témoignage qui sera utilisé par la suite pour accréditer l’idée de blessures au visage du ministre qui auraient été occasionnés par d’éventuels chocs dû au transport du corps, notamment à cause d’un rocher présent sur l’étang… qui, en réalité n’a jamais existé !

Aujourd’hui, notamment à la lumière des photos du corps prises à l’époque, Jean-Pierre Courtel (qui a quitté la police en 1997) tient à mettre les choses au point :

1/ Contrairement à ce que pouvait laisser entendre son témoignage à l’époque, ce qui apparaît sur le visage de Boulin « ce ne sont pas des excoriations, ce sont des blessures »

2/ « En aucun cas la sortie du corps ne peut avoir provoqué les blessures sur le visage de Robert Boulin » , explique Jean-Pierre Courtel.

Et il ajoute, dans un accès de franchise : « Je n’ai peut-être pas vu ce qu’il fallait voir… »

Ecoutez son témoignage en longueur.

Jean-Pierre Courtel raconte d’abord dans quelles conditions il est prévenu de la disparition de Robert Boulin, et comment il se rend sur place avec son chef de groupe, tandis que les gendarmes ont déjà investis les lieux.

Jean-Pierre Courtel, l’un des premiers policiers à se rendre à l’étang Rompu.

Jean-Pierre Courtel explique de quelle façon le corps de Robert Boulin a été sorti de l’eau.Il n’y avait « pas d’obstacles, surtout pas de rocher » . Même si, dans son souvenir, lors de la manipulation du corps par les pompiers, la tête a pu à un moment « toucher la berge », cela n’explique en rien l’état du visage du ministre.

« Parler d’excoriations relève de l’escroquerie », estime Jean-Pierre Courtel. A l’époque, il dit avoir vu « un visage blanc, livide » , mais le corps venait de passer plusieurs heures dans une eau à dix degrés. « D’où j’étais, à quelques mètres, je n’ai pas vu les blessures qui apparaissent sur le visage. »

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A l’époque, il pensait sincèrement qu’il s’agissait d’un suicide. Ce qu’il ne croit plus aujourd’hui.

Jean-Pierre Courtel

Présent, à l’Institut médico-légal de Paris, lors de l’autopsie de Robert Boulin, Jean-Pierre Courtel se souvient de l’ambiance hors-norme dans laquelle s’est déroulée l’autopsie de Robert Boulin.

Jean-Pierre Courtel

La noyade ne sera jamais prouvée scientifiquement , par un examen anatomo-pathologique. Tous les prélèvements d’organes ne Robert Boulin seront par la suite détruits de façon illégale.

Je ne m’explique pas que d’autres collègues disent avoir été présents au moment de la sortie du corps

Dans le dossier Boulin, de nombreux fonctionnaires de police du SRPJ de Versailles affirment sur procès-verbal avoir été le témoin de la sortie de l’eau du corps du ministre, la plupart du temps pour accréditer la thèse de chocs au visage au moment de la sortie de l’eau. Ce que conteste Jean-Pierre Courtel : il n’a gardé aucun souvenir de la présence de ses collègues (hormis son chef de groupe) à ce moment là.

Jean-Pierre Courtel

Une confrontation entre Jean-Pierre Courtel et ses collègues de l’époque permettrait sans doute d’y voir plus clair.

Interrogé le 18 mai 2005 par la Direction centrale de la Police judiciaire de la Division nationale pour la répression des atteintes aux personnes et aux biens, le fonctionnaire de police qui avait parlé à l’époque de « roche » dans l’étang Rompu qui aurait heurté la tête du ministre, parle cette fois d’« un corps tombé » face contre terre dans une eau peu profonde sur quelque chose [qu’il avait] identifié à l’époque comme étant un caillou. »

« A l’époque, le suicide me semblait plausible » , explique aujourd’hui Jean-Pierre Courtel, qui se présente comme « gaulliste ». Trente ans plus tard, « je ne peux plus y croire » , affirme l’ancien policier du SRPJ de Versailles qui « espère que la justice passera » et « que les assassins soient châtiés » .

Jean-Pierre Courtel

Jean-Pierre Courtel se dit prêt à témoigner devant la justice.

archives

Colonel Jean Pepin :

Robert Boulin était déjà mort avant que son corps ne soit dans l’étang

Le colonel de gendarmerie Jean Pépin, aujourd’hui décédé, est l’un des premiers à se rendre sur place, à l’étang Rompu, où le corps de Robert Boulin a été retrouvé. Il effectue les premières constatations… avant d’être très rapidement dessaisi de l’enquête. Nous l’avions rencontré en 2003. Il confirme qu’il n’y avait aucun obstacle à la sortie de l’eau qui aurait pu expliquer les blessures de Robert Boulin.« Je pense qu’on avait mis le cadavre dans cet étang » , explique le gendarme, qui pense tout de suite qu’il ne s’agit pas d’un suicide, au vu des premières constatations et « des traces de pas allant puis repartant de l’étang. » « Je crois que vous avez intérêt à ne pas continuer cette enquête » , lui dit alors le Procureur général, Louis-Bruno Chalret.

Ecoutez le témoignage en longueur du colonel Jean Pépin qui a sorti le corps de Robert Boulin de l’eau avec les pompiers.

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