Brave, avec sa tête de lion orange comme emblème, essaie de se faire une place sur le marché français et européen de la navigation internet. Il compte sur le moteur de recherche Qwant pour atteindre les utilisateurs français et européens.

Le navigateur Brave installe le moteur de recherche Qwant par défaut
Le navigateur Brave installe le moteur de recherche Qwant par défaut © Brave

Brave est un navigateur fondé par  l'américain Brendan Eich. Par le passé, Eich a participé à la création de la Mozilla Foundation et a été directeur général de sa filiale Mozilla Corporation en mars 2014. (Il a été contraint à la démission en raisons de ses opinions défavorables au mariage gay.)

Il vient s'ajouter aux alternatives actuelles à Chrome, comme Opera qui détient plus de 5 % de part de marché dans le monde, ou bien UR Browser, solution imaginée par une entreprise française. Brave, comme UR, se sont construits sur la technologie open source de Google Chrome. Ils en sont donc proches, mais ces petits navigateurs, presque solitaires, se font fort de protéger la vie privée et de limiter voir bloquer les publicités.

La pub, c'est le grand cheval de bataille de Brave, qui vient d'annoncer, par ailleurs, qu'il proposerait désormais par défaut le moteur de recherche Qwant, quand on le télécharge, tout comme UR Browser. 

La publicité, ce gros gâteau auquel seul Google goûte (ou presque)

Avec 1 500 000 utilisateurs, Google s'arroge la totalité du marché de la publicité. C'est ce que l'on appelle l'adtech, c'est-à-dire toutes les technologies et méthodes qui permettent de faire apparaître des publicités appropriées sur les écrans des internautes. Pour cela, il faut savoir qui ils sont et ce qu'ils font. On entre là de plain pied dans le débat sur la vie privée, qui a notamment abouti à l'adoption du règlement général sur la protection des données (RGPD) en Europe. 

En étant en position clé sur ce marché, Google est le principal gagnant du marché publicitaire. Les systèmes d'adblocks (bloquage de l'affichage de publicité) sont en fait une division du marché, plus que son empêchement réel. Car sans la publicité, il est impossible de rentabiliser la production de contenus sur le web. Pour les médias, par exemple, l'affichage de la pub sur leurs pages est un apport d'argent, dont ils ne sont pas prêts de se passer. 

La preuve : certains médias américains s'étaient insurgés contre Brave et contre le blocage et le détournement de revenus publicitaires. 

Y a-t-il moyen de changer le système ?

Le créateur du navigateur propose désormais un nouveau modèle. 

Brave bloque les publicités des sites internet. Et, si l'utilisateur le souhaite, il les remplace par d'autres annonces jugées plus pertinentes. Les revenus de ces publicités sont alors reversés :

  • au site web sur lequel elles apparaissent (à hauteur de 55 %) ;
  • à l'éditeur du navigateur Brave
  • à l'internaute (à hauteur de 15 %) avec une cryptomonnaie

Mais pour que cela marche un jour, il faut beaucoup, beaucoup de monde.

Brave, créé il y a deux ans, ne dispose pour l'instant que de 4 millions d'utilisateurs. C'est un Petit Poucet derrière Chrome, Safari, Firefox, Internet Explorer, Android et Samsung Internet. Il espère atteindre un public de 12 millions d'internautes fin 2019. 

A moins de 100 millions d'utilisateurs, on ne peut imaginer un marché publicitaire selon les experts. Tristan Nitot de Qwant, milite pour une alternative :

Il faut trouver des systèmes qui permettent une rémunération de chacun qui soit une alternative à l’ad tech, qui est vraiment toxique en terme de sécurité et de surveillance pour tout le monde.

Brave porte plainte contre Google

Une plainte auprès du régulateur européen pour violation massive des données sur le web par Google et d’autres sociétés "ad tech" a été déposée dans le cadre du RGPD européen. 

L'action est portée par Johnny Ryan de Brave, Jim Killock, directeur exécutif du Open Rights Group, et Michael Veale de l'University College London. La plainte pointe du doigt une violation de données massive et continue qui affecte pratiquement tous les utilisateurs du Web. 

Quand les  internautes  sont sur des sites qui affichent des annonces publicitaires dites comportementales, il semblerait, selon Brave, que de nombreuses données privées soient ainsi aspirées, puis vendues ou communiquées aux annonceurs publicitaires de Google afin qu'ils adaptent leurs offres auprès de ces même utilisateurs. C'est la technique dite du RTB, "real-time bidding" (enchères en temps réel).

Il n'est pas illégal de récupérer les données des utilisateurs, mais il est illégal de les diffuser  pour créer "une enchère" et de ne pas garantir leur sécurité contre des attaques malveillantes et frauduleuses. 

Outre s'assurer l'accord des internautes, propriétaires des données, l'entreprise doit les assurer de la sécusrité et la confidentialité de ces données. Google a plusieurs fois avertis ses utilisateurs de s'être mis en conformité pour respecter le RGPD à partir du 25 mai dernier. 

La peine prévue, en cas de non-respect de ce règlement peut s'élever jusqu'à 4 % du chiffre d'affaire de l'entreprise pénalisée. 

Tel le lion qui le représente, Brave essaie de donc de rugir face au grand géant Google. En s'alliant avec Qwant, qui fait beaucoup parler de lui en Europe ces derniers mois, il espère créer une chaîne de "solidarité" pour redonner à l'internet un peu de son utopie de départ, celle du partage du savoir. 

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