Il a fallu plus de deux ans aux effectifs de la police aux frontières pour préparer la sortie des Britanniques de l'Union européenne. Tout était prêt pour s'adapter aux nouvelles règles administratives. Mais la Covid a nettement ralenti le passages des automobilistes à Coquelles.

Contrôle de la police aux frontières à Coquelles
Contrôle de la police aux frontières à Coquelles © Radio France / Ariane Griessel

Il y a tant à voir, sur cette zone que représentent les 650 hectares du site Eurotunnel de Coquelles (Pas-de-Calais). Des kilomètres de barbelés, des rails, un centre de rétention administrative, une petite zone commerciale, de nombreux locaux administratifs, les lieux de contrôles, bien sûr. Cependant, ce qui frappe, ce jour de janvier, est surtout ce que l'on n'y voit pas. Les parkings réservés aux automobilistes désireux de passer outre-Manche sont vides. Spectacle qui rappelle la zone de stationnement d'un centre commercial un jour de fermeture. 

Pourtant, tout est désormais adapté à l'ère post-brexit. Mais les Britanniques, partis pour des raisons géopolitiques, ne reviennent plus. Pour des causes sanitaires : la covid a réduit a minima la circulation avec le continent. "On a hâte que l'activité reprenne", admet le commandant divisionnaire fonctionnel David Bethegnies, de la Police aux frontière. C'est lui qui dirige les services responsables du contrôle transfrontalier. La moitié de ses effectifs se trouve à Coquelles, chargée de vérifier la situation administrative de ceux qui quittent la France, l'autre fait quotidiennement l'aller-retour à Cheriton, côté britannique, pour veiller sur ceux qui s'apprêtent à entrer sur le territoire français. "Compte tenu de la crise de la Covid, nous avons 80 % de voitures en moins par rapport à la circulation habituelle, et un recul de 20 à 30% chez les poids-lourds". Les chiffres parlent d'eux-même : 359 voitures prévues le jour de notre visite, contre 3500 à 4000 habituellement.

185 agents supplémentaires

Un scénario inimaginable lorsque la "PAF" a commencé à préparer le brexit, il y a deux ans. Il a alors été décidé de renforcer les effectifs, afin de faire face aux nouvelles formalités liées à la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. "Les services de la police aux frontières de Calais, notamment ceux chargés de contrôles aux frontières ont été renforcés, dans un premier temps par des contractuels et par des adjoints de sécurité [jeunes bénéficiant d'une formation plus courte que celle des gardiens de la paix, ndlr], ainsi que par des renforts venus des aéroports d'Orly et Roissy, où l'activité est moindre en ce moment, en attendant de nouvelles recrues sorties d'école de police", détaille David Bethegnies. Assignée aux contrôles des chauffeurs de poids-lourds, une policière détachée d'Orly explique avoir ainsi voulu "voir autre chose", et accepté ce remplacement, pour quinze jours renouvelables. A terme, ce sont donc 185 nouveaux agents qui doivent rejoindre leurs 230 à 240 collègues déjà sur le terrain. De nouvelles cabines destinées à abriter les policiers chargés des contrôles ont également été installées, du côté des contrôles d'automobilistes comme de celui où sont vérifiés les documents des chauffeurs de poids-lourds.

Parmi les nouveautés liées au brexit se trouve notamment l'obligation pour les citoyens britanniques, désormais membres d'un "pays-tiers" (hors Union européenne), de ne pas résider plus de 90 jours en France sur une période de 180 jours sans visa. Il revient donc désormais aux policiers aux frontières de vérifier la date d'entrée dans l'Hexagone indiquée dans le passeport de ceux qui quittent le territoire français, avant d'y apposer le tampon de sortie. Une vérification plus poussée qu'avant le brexit, qui demande donc un peu plus de temps, comme l'explique l'un des policiers chargés de ces contrôles : "Jusqu'à présent, nous menions nos vérifications en à peu près 20 à 30 secondes. Il nous faut désormais 50 secondes". Un allongement qui peut sembler négligeable en cette période où les voitures défilent au compte-goutte. Mais qui peut vite mettre le supposé flegme britannique à l'épreuve en temps de grosse affluence, puisque 60% des personnes qui passent ces contrôles en voiture sont des sujets de Sa Majesté. "Les conséquences sur le fret sont, en revanche, minimes, explique David Bethegnies. La grande majorité des chauffeurs qui quittent le territoire en direction de la Grande-Bretagne sont des membres de l'Union européenne, les Britanniques ne représentent qu'une infime minorité".

Carte d'identité bientôt insuffisante

Bientôt, les policiers de la PAF se verront confier une mission supplémentaire : à partir du 1er octobre 2021, les Français qui souhaitent traverser la Manche devront prouver qu'ils sont bien en possession d'un passeport, la carte d'identité ne suffira alors plus. Difficile d'imaginer à quoi ressembleront les éventuelles files d'attente d'ici-là, ainsi que l'intensité de l'activité des agents de la police aux frontières. Ces-derniers ne sont toutefois pas au chômage technique, puisque c'est à eux qu'il revient d'intervenir sur le site de Coquelles, lorsque la police est requise, quel que soit le type d'événement. 

Face à ces parkings déserts, ces magasins vides (futurs "duty-free", sortie de l'UE oblige), et files de voitures qu'on ne peut qu'imaginer, on ne peut s'empêcher de penser à ces hôtes qui passent des heures à dresser une immense table, et dont la majorité des convives se décommande une fois le couvert mis. La faute à la Covid-19, cet "unwanted guest". Cet invité dont personne ne voulait.