Avec la mise en place du Brexit, l'Union européenne prévoit d'exclure les Britanniques du volet sensible du système de satellites Galileo. De son côté, la Grande-Bretagne voudrait bien récupérer une partie de sa mise dans le projet européen qui doit concurrencer le GPS.

En décembre 2017, les 19e, 20e, 21e et 22e satellites européens de Galileo ont été lancés depuis Kourou par la fusée Ariane 5.
En décembre 2017, les 19e, 20e, 21e et 22e satellites européens de Galileo ont été lancés depuis Kourou par la fusée Ariane 5. © ESA

C'est l'une des conséquences du Brexit et de la sortie du Royaume-Uni de l'UE qui doit avoir lieu en mars 2019. La question sous-jacente dans ce divorce spatial est celle de la coopération entre Européens et Britanniques en matière de sécurité. 

Galileo est le 4e système mis en place après l’américain GPS jusqu’ici dominant, le chinois Beidou et le russe Glonass. Ce programme a été lancé en 1999 par l’Union européenne, avec plus de 10 milliards d’euros. A terme, il devrait disposer de 30 satellites et être pleinement opérationnel en 2026.

La Grande-Bretagne, qui a joué un rôle majeur dans le développement de ce système, a fait valoir qu'elle devrait pouvoir continuer à participer en tant que membre à part entière de Galileo, même après avoir quitté l'UE en mars 2019.  

Mais l'UE ne semble pas de cet avis. L'Europe a décidé de déplacer l'une des bases de contrôle par satellite de Galileo de Grande-Bretagne vers l'Espagne afin de préserver la sécurité. 

"Nous voulons un accès complet à Galileo, y compris les éléments de sécurité cruciaux qui aideront à guider les missiles britanniques, s'ils sont nécessaires pour nous maintenir tous en sécurité", a déclaré une source à Downing Street. Et d'ajouter: "Mais si nous n'avons pas d'accès, nous trouverons une alternative." 

La Grande-Bretagne pourra utiliser le signal ouvert de Galileo, mais ses forces armées et ses services d'urgence pourraient se voir refuser l'accès au système crypté.

Si la Grande -Bretagne sera écartée du volet "sensible", Europe et Grande-Bretagne devraient continuer en travailler ensemble sur le volet commercial. Le président exécutif d'Airbus Tom Enders a exprimé son désir de voir les deux parties trouver un accord pour continuer à coopérer. Pour lui c'est vital, car Airbus est l'actionnaire majoritaire de la société britannique SSTL qui construit les satellites mis en orbite dans le cadre de Galileo. Le contexte est tendu car l'Union européenne a indiqué que les entreprises britanniques pourraient être empêchées de répondre à des appels d'offres pour des contrats relatifs à Galileo.

Par ailleurs, selon le Financial Times, le ministre britannique des Entreprises, Greg Clark, serait en train de mettre au point un argumentaire juridique pour récupérer 1,4 milliard d'euros que la Grande -Bretagne aurait investi dans le projet depuis 2003.

Un concurrent britannique à Galileo ? 

La Grande-Bretagne va étudier par ailleurs le développement et le lancement de son propre système de navigation par satellite.

La Première ministre Theresa May a créé un groupe d'experts en ingénierie et en aérospatiale, dirigé par l'Agence spatiale britannique, pour développer des options pour un système britannique de navigation mondiale par satellite, qui guiderait les missiles et alimenterait les satellites de navigation. 

L'équipe va étudier la fourniture de signaux à la fois civils et cryptés capables de donner à tout système britannique des capacités commerciales et sécuritaires similaires à celles du système GPS.  Son lancement est souhaité pour le milieu des années 2020.  

Les territoires d'outre-mer de la Couronne britannique seraient mis à contribution pour fournir le réseau mondial d'emplacements nécessaires à l'infrastructure au sol. 

Ces territoires hébergent actuellement des infrastructures nécessaires au fonctionnement du système Galileo de l'UE, ont ajouté les services de la Première ministre. 

Selon une récente analyse gouvernementale, l'absence d'un système de navigation par satellite pourrait coûter à l'économie britannique un milliard de livres par jour, la défense, les infrastructures nationales et les services d'urgence étant tous tributaires de la technologie. 

La Grande-Bretagne est un leader mondial de la technologie satellitaire, construisant 40% des petits satellites du monde et un satellite de télécommunications sur quatre. Le Royaume-Uni représente 7% de l'industrie spatiale mondiale.

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