Une menace plane sur l’avenir du théâtre Paris Villette, financé en partie par la Mairie de Paris. Allez-vous fermer, à terme, ce théâtre ?

Théâtre paris villette
Théâtre paris villette © Radio France

B.J: Une distinction doit être faite entre la SARL gestionnaire de ce théâtre et le théâtre lui-même : la ville est très attachée à ce lieu qu’elle soutient depuis 25 ans ; vous dites que le théâtre est financé en partie par la ville. On pourrait dire, en très grande partie : la ville apporte depuis de nombreuses années plus de 80% des recettes de l’établissement avec une subvention en 2012 de 865 000 euros. Notre objectif est bien évidemment de maintenir le lieu ouvert, c’est pourquoi nous considérons qu’il faut en changer le

projet : la SARL qui gère ce théâtre et son directeur Patrick Gufflet connaissent, depuis quelques années, des difficultés financières croissantes et ceci en dépit d’un soutien accru de la ville : entre 2000 et 2012, la subvention de la ville a été augmentée de 35% ; en 2011, pour éviter la cessation de paiement, nous avons versé une subvention exceptionnelle de 150.000 euros ; malgré ces efforts, nous sommes de nouveau dans une impasse.

Au regard des autres théâtres soutenus par la ville de Paris, le Paris Villette est celui qui bénéficie, et de très loin, de la plus importante subvention, rapportée à sa fréquentation. Aller plus loin dans le soutien ne serait pas équitable vis-à-vis des autres structures culturelles financées par la Ville. Il est donc indispensable de réfléchir à un autre projet, ce à quoi nous nous attelons avec l’Etat qui est propriétaire du bâtiment et avec qui des discussions ont déjà été engagées.

La concertation avec le ministère de la culture met du temps à aboutir

B.J: Vous n’ignorez pas qu’il y a eu, récemment, un changement de gouvernement… Depuis cet été, nous travaillons avec nos nouveaux interlocuteurs avec une volonté commune d’aboutir et dans les délais les plus brefs.

Déplorer officiellement l’impasse financière dans laquelle se trouve le théâtre, n’est-ce pas une façon d’annoncer sa fermeture prochaine ?

B.J: « Déplorer » marque surtout pour nous les limites de notre action : Je dois le rappeler, le théâtre Paris Villette est une SARL, il s’agit donc d’une structure de droit privé, dont le directeur est seul responsable de la gestion : depuis des années, la ville tente tout pour l’accompagner, mais c’est en vain. La ville ne peut pas s’immiscer dans la gestion des structures qu’elle finance, pour autant, nous sommes redevables envers les contribuables parisiens de la façon dont les subventions publiques sont utilisées. Nous avons toujours défendu la nécessité de soutenir la création contemporaine, l’émergence, le travail expérimental mené au Théâtre Paris Villette par Patrick Gufflet. Mais nous avons aussi rappelé à plusieurs reprises au directeur l’importance d’une politique des publics car un théâtre ne peut avoir de sens que dans le partage avec le public le plus large possible. Nous ne pouvons pas continuer à cautionner la gestion d’un théâtre qui reçoit une subvention de 865.000 euros pour n’accueillir que 4.000 spectateurs par an (soit un coût de 250 euros par spectateur) En revanche, cela ne veut pas dire que nous mettons en cause l’existence du théâtre.

Patrick Gufflet, directeur du Paris Villette, semble, depuis plusieurs mois, la bête noire de la Marie de Paris…

B.J: Ce n’est en rien un combat contre une personne, cela fait plus de deux ans que la Ville cherche à accompagner Patrick Gufflet dans la mise en œuvre d’un plan de redressement et force est de constater qu’en dépit d’un soutien en augmentation, sa SARL se trouve dans l’impasse.

Ne pratiquez-vous pas une forme de harcèlement à l’égard du directeur?

B.J: Si vous appelez harcèlement, un soutien financier constant et accru depuis près de 25 ans, des subventions exceptionnelles pour tenter d’aider le directeur, une aide soutenue à l’investissement pour le lancement du projet « X réseaux », ce n’est pas là ma conception du harcèlement. Pour autant, la ville estime légitime d’échanger et de demander des propositions à un directeur dont la gestion est défaillante.

Le théâtre Paris Villette a-t-il perdu plus d’argent que les autres théâtres que vous financez ?

B.J: Clairement, oui. Mais la question ne se résume pas à une approche financière : la politique de la ville dans le domaine de la culture est destinée aux usagers : nous considérons que sa politique en direction des publics n’est pas suffisante. Nous ne pouvons que regretter que le travail des talentueux artistes qu’il programme et soutient ne soit pas mieux connu des publics parisiens et franciliens.

Vous reconnaissez cependant ses qualités de programmateur, en citant deux de ses découvertes : Yasmina Réza et Joël Pommerat…

B.J: Absolument, cela constitue réellement un succès et c’est aussi pour son travail autour de la création et de l’émergence que la Ville a accompagné le projet de Patrick Gufflet aussi longtemps.

Le principal reproche de la Mairie porte sur l’insuffisance du travail sur le public, de la part du théâtre. En quoi Patrick Gufflet a-t-il échoué sur ce plan, selon vous ?

B.J: Un théâtre ne peut pas être uniquement un laboratoire de création, il est aussi un lieu qui doit en permanence être ouvert et aller de manière résolue à la recherche de nouveaux publics. Depuis 10 années, la fréquentation du Paris Villette est en baisse constante avec une moyenne de 8.000 spectateurs par an. Doit-on s’en satisfaire ? Du point de vue de la mission de service public de ce théâtre, financée exclusivement par la Ville, cela pose question.

Vous souhaitez « une politique volontariste » vis-à-vis du public. Qu’appelez-vous « volontariste » ?

B.J: Ce que la Ville attend, c’est une politique culturelle qui aille en direction de tous les publics et plus particulièrement vers ceux qui sont le plus éloignés des salles de spectacles, sans brader l’exigence de qualité. C’est à chaque direction de définir dans le cadre de son projet les moyens d’y parvenir.

Que voulez-vous faire du théâtre Paris Villette ?

B. J: Nous souhaitons que le Paris Villette demeure un lieu de création contemporaine, de révélation de nouveaux talents, un lieu résolument ouvert, tissant des partenariats avec d’autres lieux à Paris, en Ile de France, en Europe et dans le monde, avec un modèle économique viable sans sacrifier la qualité artistique. C’est ce à quoi nous travaillons avec nos partenaires.

Que vont devenir Patrick Gufflet et ses salariés ? Ils affirment que vous ne leur donnez aucune garantie, aucune solution…

B.J: Là encore, je dois le rappeler, le théâtre Paris Villette est une société de droit privé : la ville n’est pas leur employeur. C’est au dirigeant qu’il appartient d’apporter à ses salariés des garanties sur leur avenir. La ville est bien évidemment très préoccupée pour eux : nous les avons reçus en début de semaine et j’ai demandé à la direction des affaires culturelles de recevoir, aujourd’hui même, des représentants des 8 salariés permanents du théâtre pour évoquer leur situation personnelle.

Pour le directeur, nous évoquerons avec lui s’il le souhaite très prochainement son avenir professionnel.

Malgré l’absence de salaire en septembre et en octobre, le personnel va assurer l’ensemble des représentations prévues. N’est-ce pas le signe d’un attachement au théâtre, à ses missions, et un respect du public ?

B.J: Cet attachement est tout à fait évident, compréhensible. J’apprends par vous-même la confirmation de cette volonté d’assurer des représentations malgré l’absence de salaire. Cette décision lourde relève d’échange entre les salariés et leur employeur.

Le 6 octobre, le théâtre appelle à un rassemblement, sur place, à 14h 30.

Comprenez-vous cet appel à la mobilisation ?

B.J: Tout à fait, nous entendons cet appel comme la manifestation d’un désir fort et profond pour que ce théâtre continue à vivre : c’est ce à quoi nous nous employons, hier avec Patrick Gufflet, demain avec un autre projet et dès à présent dans une concertation avec l’Etat

Que dites-vous au public du Paris Villette qui perçoit une possible fermeture de leur théâtre comme un manque culturel à venir?

B.J: Que nous ferons tout pour que cela ne soit pas le cas.

Envisagez-vous de réduire le budget d’autres théâtres financés par la Mairie et même de fermer certains lieux ?

B.J: Comme toutes les collectivités publiques, la ville de Paris est soumise à une contrainte accrue sur ses finances. Dans ce contexte particulièrement difficile, l’objectif de la Ville reste bien évidemment le soutien aux théâtres et acteurs culturels partenaires de la Ville.

(Entretien réalisé le matin du 28 septembre 2012).

Le point de vue du théâtre, ce vendredi après-midi: http://www.theatre-paris-villette.com/

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