C'est la nouvelle astuce d'Uber pour fidéliser ses chauffeurs. Début juillet, l'entreprise californienne a lancé "Uber Pro" en France, un programme en phase de test. Le principe est simple : plus le chauffeur fera de courses pour Uber, moins la commission prélevée sera importante.

L'application incite les chauffeurs à "améliorer leur taux d'acceptation", c'est-à-dire à faire plus de courses, pour bénéficier d'avantages.
L'application incite les chauffeurs à "améliorer leur taux d'acceptation", c'est-à-dire à faire plus de courses, pour bénéficier d'avantages. © DR

Amar passe 10 heures par jour dans sa berline noire. Sur son smartphone, l'application Uber Driver l'incite désormais à débloquer le statut "Gold". Pour y parvenir, il doit faire 300 courses avant fin septembre. Et ce n'est pas tout. "Il faut avoir un taux d'acceptation de 80%", explique le chauffeur, "c'est-à-dire ne pas refuser de courses ou très peu. Il faut aussi avoir une note minimum de 4,8 sur 5, et avoir moins de 5% de taux d'annulation de course."

Comme dans un jeu vidéo, Uber Pro permet de passer des niveaux : "Gold", "Platinum" et "Diamond". Une fois ce dernier pallier atteint, Uber, empoche 12% de commission sur les courses, contre 25% habituellement. Mais le niveau diamant se mérite : il faut faire 1 000 courses par mois. "Et à partir là, on commence à avoir des privilèges." Remises sur de la carrosserie, sur des salles de sports et, surtout, une meilleure prise en charge des clients. "En gros, si t'es le bon esclave, t'as le droit d'avoir une prise en charge rapide aux aéroports. Mais si, comme moi, t'es le mauvais mouton, tu n'y as pas droit." 

"Uber est en train d'inventer des bombes qui roulent"

Amar n'entre pas dans le moule et n'a pas l'intention de laisser sa santé au travail : "Uber est en position de force et est en train d'inventer des bombes qui roulent" : 

Pour atteindre les quotas, il faut faire 14 heures par jour. Moi, jamais je ne commanderais un chauffeur qui a déjà 14 heures derrière un volant. Pour moi, c'est du danger public. 

"Uber nous dit : 'Travaillez avec moi, et peut-être qu'à la fin, vous aurez une petite carotte'. En gros, on n'est pas des êtres humains et des pères de famille derrière un volant, on est un produit financier."

La direction parle d'un "système de fidélité"

Contactée, la direction d'Uber, explique ce programme répond à "une demande des chauffeurs" et parle plutôt d'un "système de fidélité" inspiré de celui d’Air France. Elle précise que depuis mars 2018, le temps de conduite de ses chauffeurs est limité à 10 heures par jour. Au delà, l’application Uber Driver se bloque et n’est de nouveau accessible qu’après six heures de repos. 

En outre, selon la firme californienne, la durée moyenne d’une course est de 20 minutes. Le niveau "Diamond" et ses 1.000 courses en trois mois, soit 14 courses par jour du lundi au samedi, serait donc atteignable par ses "meilleurs chauffeurs" sans pour autant mettre en péril la sécurité des conducteurs et de leurs passagers. 

En place depuis un an aux États-Unis, ce programme de fidélité pourrait être étendu aux 30.000 chauffeurs Uber français à l'issue de cette phase de test.

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