Après la bataille
Après la bataille © Siècle production

On est bien à Cannes, puisque du jour au lendemain, dans la Compétition officielle, on passe des gentils scouts de Wes Anderson aux révoltés de la Révolution égyptienne selon Nasrallah (auteur du somptueux LA PORTE DU SOLEIL en 2004). Assurément le propos de Nasrallah mérite qu'on s'y attarde. Assurément ce qu'il nous dit et nous montre de son pays en ébullition bouleverse quelques certitudes bien établies. En prenant comme personnage principal un pauvre bougre manipulé par le régime aux abois de Moubarak avec en miroir une fille de pub militante révolutionnaire des beaux quartiers, le cinéaste ouvre le champ des complexes. Rien n'est simple là-bas et maintenant. ou plutôt si, semble nous dire, Nasrallah, les vaoncus de l'Histoire sont toujours les mêmes, c'est à dire les misérables, ceux qui n'ont rien, ceux qu'on méprise, ceux qui ne savent pas et servent de chair à canon. On aimerait que le grand vent de la liberté et de la démocratie souffle sur ces pyramides que rienne semble atteindre. Mais est-ce vraiment le cas ? Que restera-t-il demain de ces espoirs révolutionnaires ? Dans le film, le sourire carnassier du parrain local bien présent hier autant que demain semble devoir tout avaler des espoirs et des changements. Son cynisme dévastateur tue tout sur son passage. On aimerait pourtant que le film soit à la mesure de cette analyse. Mais malheureusement, il reste en deça, comme pétrifié par

cette histoire immédiate dont il veut saisir toutes les facettes et les contradictions.On se surprend parfois à ne pas comprendre ce qui est montré et de quoi il s'agit, preuve que Nasrallah a peut-être voulu trop faire, trop dire, trop montrer trop vite.Vient alors le sentiment désolé d'un brouillon de film, d'une hésitation entre franche fiction et volonté demontrer tout le réel. Comment choisir semble nous dire Nasrallah et de nous perdre, nous ses spectateurs bénévoles, un peu en chemin. désagréable impression en vérité quand on aurait voulu aimer sans réserve cette ode à la liberté qui dit avec justesse que la révolution quand elle ne broie pas ses propres enfants les oublie au bord de la route.

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