VOUS N'AVEZ ENCORE RIEN VU, le synopsis pour commencer :

Antoine Anthac, célèbre auteur dramatique, convoque par delà sa mort, tous les amis qui ont interprété sa pièce "Eurydice". ces comédiens ont pour mission de visionner une captation de cette œuvre par une jeune troupe, la compagnie de la Colombe. L'amour, la vie, la mort, l'amour après la mort ont-ils encore leur place sur une scène de théâtre ? C'est à eux d'en décider. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises...

VOUS N'AVEZ ENCORE RIEN VU
VOUS N'AVEZ ENCORE RIEN VU © Radio France

Mais pourquoi et comment Alain Resnais s'est-il lancé dans cette galère auto-célébrative et terriblement lourdingue ? Qu'est-il allé chercher cette très mauvaise pièce d'un auteur pour classe de Troisième, EURYDICE de Jean Anouilh ? Soit une œuvre parée de certains défauts dont la misogynie,le bavardage pseudo-métaphysique, la mièvrerie et la trivialité adaptée à la mythologie sont parmi les plus rédhibitoires. De ce fatras qui vieillit mal, Resnais entend faire une sorte de testament artistique, une ode à l'éternelle jeunesse sans doute, un credo dans la pauvre humanité et ses petits travers. Et comme il s'agit manifestement de faire un bilan, il convoque son casting habituel moins quelques absents (Dussolier, Ardant,...) et plus quelques nouveaux (dont Hippolythe Girardot) et se paye même le luxe de gérer le trop plein qui en découle avec une idée lumineuse (bof) : confier à plusieurs acteurs le soin de jouer le même rôle alternativement.

Ce système a au moins l'avantage de montrer que, laissées en liberté de jouer comme bon leur semble, Anne Consigny est plus supportable que Sabine Azéma... Mais le pire, c'est que, comme l'indique le synopsis, ladite pièce (ou plutôt son concentré) est jouée à travers un film dans le film par une bande de jeunes acteurs qui ont l'immense avantage quand même d'avoir, EUX, l'âge parfait des rôles qu'ils incarnent. Drôle de statut toutefois que ce film bis : on apprend au générique qu'il a été tourné par Bruno Podalydès et non par Resnais !

Quant à son casting juvénile et plus réussi que l'éternelle "bande à Resnais" décidément atteinte par la limite d'age pour jouer notamment les jeunes amoureux fous, il était étrangement absent de la très officielle conférence de presse qui suit la première projection cannoise du film et où se côtoient cinéaste et acteurs. Alors qu'il me soit permis devant ce bizarre silence qui frise le mépris de les citer tous ces jeunes acteurs pleins de vivacité et d'énergie : Vimala Pons, Sylvain Dieuaide, Fulvia Collongues, Vincent Chatraix, Jean-Christophe Folly, Vladimir Consigny, Laurent Ménoret, Lyn Thibault et Gabriel Dufay ! Car, ultime paradoxe, le plus intéressant ici, c'est cette représentation-là avec ces visages inconnus d'acteurs prometteurs qui évoluent dans un décor industriel minimaliste traversé par une belle revisitation du Pendule de Foucaul et où la lyre du père d'Orphée est la grille d'un de supermarché démembré.

Autant d'éléments intéressants qui s'opposent à tout le dispositif imaginé par Resnais du côté de ses "vieux acteurs".

Quant au propos du film, on reste sidéré que Resnais ait pu penser un seul instant qu'il pouvait en quelque sorte faire mieux que son propre film L'AMOUR A MORT qui dit tout, tout, tout et bien plus encore sur la vie, la mort, l'amour et l'au-delà pour reprendre les éléments du synopsis. Tant et si bien d'ailleurs que, par une sorte de repentir pictural, cet au-delà est ici situé dans un champ d'oliviers qui rappelle en tous points les paysages uzétiens de ce chef d'œuvre incroyable que demeure L'AMOUR A MORT dont les fulgurances formelles ringardisent avec près de trente ans d'avance les plates mises en scène de ce nouveau film de Resnais.

On donc garder en mémoire ce quatuor qui était alors composé d'Ardant, Azéma, Dussolier et Arditi plutôt que ce gros pudding symphonique dont la partition s'appuie sur un mauvais auteur de thêâtre et dont la tonalité générale fait plutôt penser à une blague de potache (que vient confirmer d'ailleurs l'utilisation au début du film du carton introductif du NOSFERATU de Murnau : "Passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre"). Voilà, c'est cela finalement, ce film une piteuse farce pour mieux faire briller un joli travail de Bruno Podalydès.

Et dire que hier matin, à 8h30, je m'apprêtais à découvrir les variations du trio Haneke-Riva-Trintignant sur l'amour, la mort, la vie et l'au-delà...

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