La dame aux Camélias
La dame aux Camélias © Radio France

Franck Castorf signe un spectacle de Franck Castorf, un spectacle où le metteur en scène est roi. L’allemand fait sa propre tambouille en convoquant plusieurs auteurs, Dumas fils, certes, mais aussi le dramaturge Heiner Muller et le poète Georges Bataille. On est loin de la célèbre pièce mélodramatique. Aux acteurs et au public de s'y retrouver.

Le décor est une tournette, un décor qui tourne sur lui-même et présente d’un côté, une favela, un grand foutoir, de l’autre, un espace qui ressemble à l’entrée d’un sex-shop ou d’une boîte de nuit, un lieu de plaisir, très contemporain, comme l’envers et l’endroit.

Tout se joue d’un côté ou de l’autre.

Côté favela glauque, Dumas père et fils échangent par exemple une recette de cuisine immonde de suprême de poulet qui donne la diarrhée au jeune homme (on joue beaucoup pantalon baissé, fesses à l'air dans le spectacle, pendant que trois filles poussent des petits cris orgasmiques enfermées dans une cage. Dumas père lance alors : « bon, j’vais aux putes! » On avait compris.

Côté sex shop, apparaît une photo récente de Berlusconi étreignant Kadhafi, pourquoi ? Pas de réponse.

Castorf déconstruit le récit de Dumas et le rebâtit avec certainement une pensée, une visée politique: veut-il parler de corruption contemporaine, d’obscénité de la politique, d’un monde capitaliste à bout de souffle, de révolutions ratées? On cherche.

Le metteur en scène convoque aussi une histoire de la Révolution avec des extraits de « la Mission », de Heïner Muller, qui met en scène trois envoyés du Directoire venus libérer les esclaves de Jamaïque et qui se retrouvent dépossédés de leur mission par le coup d’Etat de Bonaparte.

A ce moment là, les scènes se jouent dans une toute petite chambre. Elles sont filmées par deux caméras et projetées sur la scène. En direct. Le climat est tendu chez ces trois personnages qui débattent et s’ébattent. De temps à autre, Castorf projette des images d’archives de la révolution roumaine, décembre 89. Que diable les roumains viennent ils faire dans cette galère ?

Jeanne Balibar
Jeanne Balibar © Radio France

On salue le courage des acteurs. Nus ou pas, ils doivent hurler, se frotter, bondir sur scène en risquant de se blesser. On les devine épuisés. Parfois, l’humour surgit, notamment avec Jeanne Balibar, brillante et tordante quand elle lance après des heures de jeu: « J’en ai marre de cette mise en scène de merde ». Mais savent-ils ce qu’ils jouent, les acteurs ? Pas nous, encore une fois. Et la question se pose durant près de4 heures: qu'est ce qu'on nous raconte?

Les moments de jeu, avec "la Mission" de Muller, sont des moments plus forts, du sens affleure, quelques repères enfin sont possibles. Le reste du temps passe lentement, comme une énigme. C'est une torture, ce grand délire mégalo d’un metteur en scène tout puissant, Castorf.

"La dame aux Camélias", au théâtre de l'Odéon.

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