Si le travail et le rythme des jours maintiennent l’ordre du monde, le déchaînement des corps dans l’effervescence de la fête est le moment de suspension de cet ordre . Ces excès sont nécessaires au renouvellement de la nature ou de la société ; tout ce qui existe est alors rajeuni et l’usure du sacré, surtout, manifesté par des tabous et des expiations, est rendu supportable à nouveau par ces purgations.

Le musiqué.

Le temps de la transe est un temps sacrificiel. Le corps animalisé du ou de la possédé(e) est offert à la surnature. Il peut subir des métamorphoses, incarner des fragments d’un mythe collectif. Le désordre de son corps atteste de la réalité du contact. Mu par la dramaturgie organisée par l’initié, porté par la musique, il atteint une autre perception, participant à un rituel collectif, ou sujet d’un travail individuel destiné à le guérir.A travers deux exemples, pris en Italie du Sud et en Haïti, il s’agit de donner sa place au déchaînement corporel, non pas seulement comme une pulsion hystérique mais, surtout, parce qu’il est contrôlé du début à la fin, dans son rôle sociétal. La danse agitée est une performance cathartique.

Série " Déchoucaj' collection de l'artiste - Haïti
Série " Déchoucaj' collection de l'artiste - Haïti © Myriam Mihindou

Les Bacchanales et les fêtes du désordre.

Débordements collectifs, pratiques ritualisées qui provoquent un retournement des rôles, évocation d’un univers dont le désordre s’est emparé, appartiennent à une tradition populaire ancestrale. Depuis les Sacées babyloniennes, les Bacchanales, en passant par les fêtes des fous du Moyen Age, les fêtescalendaires et divers carnavals, transformés au gré des siècles et des différentes régions du monde, témoignent d’un mécanisme de transgression passé peu à peu de la sphère du sacré à celle du profane.

Conjurations profanes.

Chamane - Ethnie: Salish - 100-1000 après J.-C.
Chamane - Ethnie: Salish - 100-1000 après J.-C. © Fenimore Art Museum

Les nouveaux « maîtres du désordre » sont, dans notre monde profane, des acteurs ou artistes qui mettent en désordre les conventions qui nous entourent. L’espace consacré à ce thème est confié à l’artisteArnaud Labelle-Rojoux pour l’organisation et la conception d’un désordre par différentes installations d’artistes contemporains. Cette installation prendra la forme d’un char de carnaval, rassemblant la « confrérie » des artistes qui raillent la société.

L’exposition s’achève sur la projection de la vidéo Quarta-Feira de Cinzas / Epilogue, réalisé par les artistes brésiliens Rivane Neuenschwander et Cao Guimaraes : à l’issue de ce qui aurait pu être un carnaval, des fourmis transportent un à un des confettis multicolores, formant une sorte de ballet aux allures de recyclage de déchets. La fête est finie.

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