La nouvelle ministre de la justice, vivement attaquée après l'annonce de la suppression des tribunaux correctionnel pour mineurs (qui était pourtant une promesse de campagne de François Hollande), n'a pas hésité samedi à lancer le débat sur les centres éducatifs fermés.

Christiane Taubira a créé une petite surprise, en ouvrant les débats de l'assemblée générale de l'Association des magistrats de l'enfance et de la famille, quand elle a parlé "d'évaluer le fonctionnement des CEF et de renforcer l'accueil en milieu ouvert".

Les professionnels, souvent critiques vis-à-vis de ces centres, ont voulu savoir si le cap avait changé, alors que le candidat socialiste avait tout simplement promis de doubler le nombre de CEF, comme son adversaire UMP. "Le président a pris un engagement que lui seul peut lever" leur a précisé la ministre, tout en soulignant que le président avait pris "un engagement plus fort encore, celui du dialogue".

Et à entendre les professionnels, on comprend vite que les CEF ne sont pas pour eux la solution miracle à la délinquance juvénile, même récidiviste. Certains juges évitent d'y envoyer les ados. "Avec un adolescent encore réceptif à des mesures de prévention, on risque l'escalade, explique Catherine Sultan. C'est plutôt une alternative à l'incarcération, et là souvent il n'y a pas de place disponible." Pour la présidente de l'association des magistrats de l'enfance et de la famille, il faut garder tout un panel de réponses possibles, le CEF devant être réservé aux adolescents les plus difficiles. Or depuis 2002, le développement des CEF (44 aujourd'hui) s'est fait à moyens constants, donc au détriment des foyers et autres dispositifs en milieu ouvert.

"Si le placement punition était un levier éducatif efficace, depuis le temps que cela existe on le saurait" tranche plus catégoriquement Carlos Lopez, responsable du syndicat SNPES-FSU de la protection judiciaire de la jeunesse et éducateur à Melun. Tous s'inquiètent de la violence larvée dans ces centres, comme en témoigne un nouvel incident le 31 mai à Combs-la-ville en Seine et Marne. "Sept jeunes ont dévasté les locaux, et sur le panneau à l'entrée, ils ont symboliquement noirci à la bombe le F de CEF" raconte Carlos Lopez.

Concentration d'ados difficiles, personnel insuffisamment formé, projet éducatif lacunaire, certains centres rencontrent de grandes difficultés déjà signalées par le contrôleur des lieux de privation de liberté. "Proposer de doubler le nombre de CEF, cela permettait surtout d'éviter de réfléchir et de ne pas avoir l'air laxiste. Là, la ministre a ouvert une porte" estimait samedi un juge des enfants. Les magistrats, qui n'avaient plus vu un ministre à leur assemblée générale depuis des années, ont compris que la nouvelle garde des sceaux n'apporterait pas de réponse plus précise avant les législatives. Mais à l'entendre parler de dialogue, de concertation, de respect du travail de terrain, ils lui ont accordé une petite ovation.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.